Le jeudi 2 août à l’aube, un communiqué laconique de Radio-Koweït annonce : «Les troupes irakiennes ont pénétré ce matin au Koweït». La tension entre l’Irak et le Koweït, ressurgie le 18 juillet lorsque Bagdad a accusé son petit et riche voisin de lui «voler» du pétrole et de lui «grignoter» son territoire, semblait pourtant être retombée. Pourtant, certains signes «précurseurs» étaient déjà perceptibles : la concentration depuis une semaine des troupes irakiennes près de la frontière koweïtienne. Le 1er août, l’Irak avait rompu à Djeddah (Arabie séoudite) les pourparlers avec le Koweït, les frontières avaient été fermées... Le 2 août, c’est l’invasion : «les troupes irakiennes ont commencé à 02h00 heure locale à violer nos frontières nord, à pénétrer sur le territoire koweitien et à occuper des positions à l’intérieur du Koweït», annonce Radio-Koweït dans son premier bulletin d’informations. Puis la radio diffuse des chants patriotiques appelant les Koweïtiens à «défendre leur terre, leur sable et leurs dunes». Le ministère de la Défense annonce alors que l’armée irakienne commence à «occuper des positions à l’intérieur du Koweït». L’avance est rapide : quatre heures après le début de l’invasion, des tirs d’artillerie sont entendus à l’intérieur de la capitale. La radio interrompt brutalement ses émissions, l’aéroport international de Koweït est fermé. Le pays est coupé du monde. Simultanément, le conseil de commandement de la révolution irakienne annonce sur Radio-Bagdad le renversement du régime koweïtien et déclare être intervenu à la demande du «gouvernement libre et provisoire» du Koweït. Il affirme que les troupes irakiennes se retireront «dès que la situation sera redevenue stable». En fin de matinée, on apprend que l’émir du Koweït, cheikh Jaber al- Ahmad al-Sabah, est sain et sauf et a trouvé refuge en Arabie séoudite. On saura seulement le lendemain que son frère, cheikh Fahd al-Ahmad al-Sabah, vice-président de la Fédération internationale de football, est mort lors de l’assaut de la résidence de l’émir, le palais de Dasmane. L’armée irakienne gagne du terrain. Elle contrôle entièrement la capitale, puis les bases de l’armée koweïtienne. Dans la soirée, elle se dirige vers les ports pétroliers d’al-Chuiaba et al-Ahmadi. Le «gouvernement du Koweït libre» annonce en fin de journée la saisie de la fortune de l’émir, du prince héritier et du Premier ministre. Le monde est en état de choc : à 09h00 GMT, le Conseil de sécurité de l’Onu, réuni d’urgence dans la nuit, adopte la résolution 660 exigeant de l’Irak «le retrait immédiat et inconditionnel» du Koweït. Le président américain George Bush ordonne le gel de tous les avoirs irakiens et koweïtiens. Bagdad riposte en annonçant la suspension du règlement de sa dette envers les États-Unis. Dans le monde arabe, la surprise se mêle à la consternation. Au Caire, le Conseil des ministres de la Ligue arabe, qui tient trois réunions dans la journée, laisse apparaître quelques divergences sur une condamnation de l’Irak, qui ne se fera que tard dans la soirée du lendemain. Désormais, l’opprobre ou l’enthousiasme se déchaînent autour de l’inflexible président irakien. La «logique de guerre» est en marche...
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