La catastrophe du Concorde a relancé la question du supersonique de demain, mais l’avènement d’une nouvelle génération de ce type d’avions apparaît encore hypothétique et dépend largement de l’évolution de la réglementation sur l’environnement, soulignent des industriels présents au salon de Farnborough. Les européens, EADS avec BAe Systems, ont dans leurs cartons un «avant-projet» pour un supersonique de deuxième génération, tandis que d’autres constructeurs, comme le français Dassault et les américains Gulfstream et Lockheed Martin, travaillent sur un concept d’avion d’affaires supersonique. Entré en service il y a 24 ans, le Concorde doit normalement être exploité pendant encore une quinzaine d’années au moins. Le français Aérospatiale Matra Airbus et l’allemand Dasa, aujourd’hui regroupés dans EADS, et le britannique BAe Systems, travaillent depuis 1994 sur un programme européen de recherche supersonique (PERS). Il s’agit d’un «avant-projet», a expliqué son responsable au sein d’EADS, Jean-Claude Pilon. L’idée serait de lancer un Concorde deuxième génération avec deux fois plus de sièges (250), la même vitesse de croisière (mach 2), un rayon d’action deux fois plus important (10 000 km) pour pouvoir franchir le Pacifique et une consommation deux fois inférieure. Pour un marché estimé de 500 à 1 000 appareils à l’horizon 2020, le coût d’un tel programme serait de 15 milliards de dollars, selon EADS. «Le souci principal est de lever les problèmes liés à l’environnement – le bruit, le bang sonique, les émissions – et l’évolution de la réglementation dans ce domaine», a expliqué M. Pilon. De son côté, l’américain Boeing ne croit pas à un tel marché. «Technologiquement, c’est faisable bien sûr, mais financièrement ce n’est pas tenable», a déclaré Seddik Belyamani, directeur général des ventes et du marketing de la division avions civils de Boeing. «L’avion coûte très cher à l’exploitation et il n’y aurait pas assez de passagers prêts à payer le prix fort pour leur billet», a-t-il ajouté, précisant que Boeing n’avait pas de projet dans ce domaine. Le concept de l’avion d’affaires supersonique est légèrement différent de celui d’un éventuel successeur de Concorde : il s’agirait de jets de 8 ou 10 places capables de voler à une vitesse supersonique. L’avionneur français Dassault a toujours sous le coude un projet d’avion d’affaires supersonique, le Falcon SST, annoncé il y a trois ans. Mais là encore, la question des «problèmes de la réglementation, du bruit et de l’environnement» constitue un préalable, a indiqué, Pierre Henri Messiah, responsable marketing avions civils chez Dassault. «Nous sommes en position d’attente, pour l’instant on ne peut pas lancer un jet d’affaires supersonique», a-t-il souligné. Sur le plan technique, «le problème, c’est le moteur», a-t-il précisé, relevant que les moteurs des avions de combat ne seraient pas adaptés à ce type d’utilisation car ils ne sont pas conçus pour soutenir une vitesse de croisière supersonique pendant plusieurs heures. Les américains Gulfstream et Lockheed Martin s’intéressent également à ce concept et ont déjà mené une première étude commune de faisabilité d’un jet d’affaires supersonique. «Gulfstream continue cette étude de son côté, mais à un niveau très ralenti», a expliqué Keith Mordoff, directeur de la communication chez Gulfstream Aerospace. Le marché est évalué à 200 ou 300 appareils pour un prix unitaire d’environ 80 millions de dollars. «Nous aimerions lancer un programme de démonstration d’ici 5 à 7 ans», mais «il y a beaucoup de questions à régler concernant la réglementation», a-t-il indiqué. «Le problème principal est de savoir si nous pourrions faire des vols supersoniques au-dessus de la terre» et pas seulement au-dessus de l’océan, a-t-il ajouté.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La catastrophe du Concorde a relancé la question du supersonique de demain, mais l’avènement d’une nouvelle génération de ce type d’avions apparaît encore hypothétique et dépend largement de l’évolution de la réglementation sur l’environnement, soulignent des industriels présents au salon de Farnborough. Les européens, EADS avec BAe Systems, ont dans leurs cartons un «avant-projet» pour un supersonique de deuxième génération, tandis que d’autres constructeurs, comme le français Dassault et les américains Gulfstream et Lockheed Martin, travaillent sur un concept d’avion d’affaires supersonique. Entré en service il y a 24 ans, le Concorde doit normalement être exploité pendant encore une quinzaine d’années au moins. Le français Aérospatiale Matra Airbus et l’allemand Dasa, aujourd’hui...