Les banques du Liechtenstein, montrées du doigt par la communauté internationale pour leur laxisme vis-à-vis des clients douteux, ont décidé de refuser les comptes anonymes. La décision a été prise par l’Association des banques du Liechtenstein, qui regroupe 10 des 15 banques de la principauté et gère 113 milliards de FS, dont un tiers via des comptes anonymes ouverts par des agents fiduciaires ou des avocats pour leurs clients. «Nous voulons savoir désormais qui est le titulaire du compte ouvert chez nous», a déclaré un porte-parole de l’Association, en ajoutant que cette liberté, désormais supprimée pour ses membres, d’utiliser un nom d’emprunt, via un intermédiaire, était la raison pour laquelle le Liechtenstein est le seul pays européen à figurer sur la liste noire des pays blanchissant l’argent sale. Cette liste a été publiée fin juin par l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement en Europe), dont certains membres ont indiqué qu’ils allaient sanctionner les États y figurant. Reconnaissant que le Liechtenstein a «un problème d’image à l’étranger», l’Association a indiqué qu’elle en avait «assez d’avoir de l’argent sur ses comptes bancaires, sans en connaître l’origine». La loi liechtensteinoise est particulièrement libérale concernant l’ouverture des comptes bancaires. Elle permet à quiconque de s’adresser à un intermédiaire reconnu, soit un agent fiduciaire ou un avocat, et de lui demander d’ouvrir un compte en son nom, en lui donnant un nom de code. En principe l’intermédiaire connaît le nom du client, mais pas la banque. Avec le nouveau système, les banques vont exiger que les nouveaux comptes ouverts par les intermédiaires portent le nom véritable du titulaire. Pour les comptes déjà ouverts, un délai de grâce de 1 à 2 ans est accordé. «Notre système n’était en principe pas mauvais, car il permettait au client de garder l’anonymat, mais il y a eu des abus, et on ne peut plus l’accepter», a ajouté le porte-parole. Le Liechtenstein est régulièrement cité dans toutes les grandes affaires d’escroquerie ou de détournement de fonds. Une opération «mains propres» a été lancée à la fin 1999 par le gouvernement, avec l’ouverture d’une enquête judiciaire menée par un juge d’instruction autrichien. Plusieurs personnes ont été interpellées dans le cadre de cette enquête, et des razzias dans des banques ont également été organisées par la police. La première banque de la principauté, la LGT (Liechtenstein Global Trust), qui appartient à la famille régnante, a notamment été perquisitionnée. Fin juin, des fonds appartenant à l’ex-dictateur nigérian Sani Abacha, déposés sur des comptes anonymes au Liechtenstein, ont été bloqués. Selon les avocats du nouveau gouvernement nigérian, il s’agirait de 100 millions de dollars. L’affaire Elf, qui secoue les milieux d’affaires et politiques français, a également des ramifications au Liechtenstein. Selon André Tarallo, un ancien responsable d’Elf pour l’Afrique, le groupe pétrolier a un compte secret au Liechtenstein, qui sert à rémunérer les dirigeants des pays africains où il opère.
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