Rechercher
Rechercher

Actualités - Reportages

Tradition manuelle et avenir économique

Patrimoine à protéger ou secteur économique d’avenir, l’artisanat au Liban est un domaine que nombre de particuliers et d’associations tentent de soutenir, tant bien que mal. Longtemps victime d’autres priorités économiques, le travail artisanal revient discrètement sur le devant de la scène. Pour beaucoup, qui dit artisanat dit produits folkloriques et traditionnels. Or, cette activité offre de nombreux visages ayant pour point commun le recours aux techniques manuelles traditionnelles. Une tradition renouvelée Classique ou moderne, l’artisanat au Liban offre plusieurs facettes que les professionnels déclinent afin de marquer leur spécificité. «Nous avons commencé à travailler en effectuant une étude dans les villages, pour savoir quelle est la spécialité de chacun, raconte Elyane Comaty Mitri, directrice de l’Artisan du Liban. Puis, nous nous sommes insérés dans ces habitudes; dans le Akkar par exemple, on travaille une paille particulière que nous adaptons à des idées modernes: au lieu de servir uniquement à fabriquer un tapis de prière, cette paille se retrouve dans un coussin, un sac de plage, une trousse... Notre idée est de partir des traditions pour relooker les objets et en faire des produits modernes et pas chers». «Il ne faut pas confondre traditionnel et folklorique, poursuit Leyli Saad, responsable de l’Artisanat libanais. Une abaya est une abaya, c’est le détail qui change. On peut toujours donner une note contemporaine en conservant l’esprit traditionnel. De toute façon, il y a tellement d’interactions entre les différents pays de la région, qu’on ne parle pas d’artisanat purement libanais, plutôt méditerranéen». Autre cliché souvent associé au travail artisanal, l’aide aux personnes défavorisées, des régions rurales ou handicapées, est une constante de ce secteur au Liban. «Beaucoup d’associations font travailler des personnes dans le besoin, explique Elyane Comaty Mitri. Nos points de vente leur sont ouverts à condition que le travail soit professionnel. Le problème, c’est qu’il n’est pas dit que toute personne dans le besoin soit un artisan! Il y a un problème d’orientation au niveau des ONG. C’est là que de fait sentir l’absence d’un ministère de l’artisanat». Un rôle économique non négligeable Le concept de l’artisanat en tant que secteur économique à fort potentiel est une idée de plus en plus répandue dans le monde, y compris au Liban. Tous ceux qui y travaillent depuis longtemps le savent. «L’artisanat est une filière très importante pour l’avenir économique du Liban, observe Elyane Comaty Mitri, qu’il soit lié aux techniques traditionnelles ou pratiqué dans le cadre de petites entreprises. L’une de nos ouvrières peut faire 400000LL par mois, alors que son mari en gagne 200000. Certaines, en faisant travailler leurs filles, gagnent jusqu’à un million de livres par semaine! Ces femmes deviennent de vrais entrepreneurs, apprenant à travailler à leurs nièces pour satisfaire certaines commandes. C’est ce que nous appelons un atelier éclaté : ces femmes travaillent en groupe chez elles, à leur rythme, plutôt que de devoir venir dans un lieu déterminé, à heure fixe. Nous avançons même des crédits pour qu’elles puissent s’acheter des machines». «L’artisanat peut devenir le fondement de toute une industrie, ajoute Leyli Saad. Comment ont commencé les montres suisses? Mais pour cela, nous devons avoir une aide du gouvernement et des banques; celles-ci devraient accorder de petits prêts aux artisans ayant besoin de se relancer, d’investir dans de nouvelles machines. C’est une chaîne où les uns ne peuvent pas travailler sans les autres. Malheureusement, les petites entreprises n’intéressent personne au Liban». Il revient donc aux décideurs de mettre en place les structures appropriées pour non seulement favoriser la croissance de ces activités, mais aussi protéger ces dernières de féroces concurrents extérieurs. Une concurrence étrangère farouche L’artisanat traditionnel étant plus régional que strictement libanais, il est difficile pour les professionnels d’affronter la production des pays voisins, alors que celle-ci bénéficie d’avantages certains. «Le coût de revient de nos produits est beaucoup plus élevé que celui des produits syriens, regrette Leyli Saad. Un vendeur syrien n’a qu’à mettre ses produits dans la rue et les vendre, il ne paiera ni taxe ni pas-de-porte». «Beaucoup achètent des produits syriens car ils sont moins chers, même s’ils sont de moins bonne qualité, ajoute Elyane Comaty Mitri. L’artisanat libanais est plus cher pour plusieurs raisons: d’abord, nous devons importer toute la matière première; ensuite, la main-d’œuvre locale est plus chère. Mais nous compensons par la qualité du produit, à l’exception du verre soufflé qui est d’excellente qualité en Syrie et en Égypte». Quelle solution adopter dans ce contexte? La réponse semble évidente pour celles qui baignent dans le métier. «Nous devons miser davantage sur les matières premières de notre pays, comme la soie, remarque Leyli Saad. C’est une richesse que nous n’exploitons pas alors que même les Japonais nous l’envient. Il faut encourager la culture des mûriers, car nous ne pourrons jamais produire du coton comme en Syrie. Par ailleurs, nous pouvons aussi miser sur une adaptation de l’oriental qui ne tomberait pas dans le folklorique, en travaillant sur le côté design». Néanmoins, même cette démarche, déjà mise en œuvre par certains, doit être protégée. «Beaucoup de nos produits sont plagiés et produits en masse dans certains pays de la région, déclare Elyane Comaty Mitri. Puis, ils inondent le marché de ces produits bon marché vendus au quart du prix. Nous ne sommes absolument pas protégés au niveau des modèles, des idées». L’étranger, une option d’avenir ? Autre voie possible, la vente hors de nos frontières constitue une solution envisageable dans la mesure des moyens financiers. «Nous devons trouver de nouvelles options car nous souffrons de la crise et de l’étroitesse du marché, avance Elyane Comaty Mitri. Cela est d’autant plus important que nous avons une responsabilité morale vis-à-vis des familles que nous faisons travailler. Le fait d’avoir ouvert une boutique en France est important pour nous car nous avons des revendeurs français qui s’intéressent à nos articles et font donc travailler des gens ici. De plus, cela fait connaître l’artisanat libanais, ce qui est d’autant plus important que même l’Office du tourisme libanais n’a pas les moyens de travailler là-bas. Dès que quelqu’un a besoin de produits libanais, c’est à nous que l’on s’adresse. Quand on voit combien les pays du Mahgreb investissent à ce niveau et combien cela contribue à améliorer le tourisme dans ces pays, nous devons faire un effort». Ce constat, qui peut sembler évident, n’est toutefois pas pris en compte par les autorités qui n’ont encore rien mis en œuvre pour faciliter les démarches administratives. «Même l’exportation est encore très compliquée, conclut Elyane Comaty Mitri. Si nous sortons du pays des produits qui ne marchent pas à l’étranger, il nous est impossible de rapatrier ces produits au Liban car il faut prouver qu’ils sont d’origine libanaise et payer des droits de douane. Il faut à tout prix revoir la législation à ce niveau».
Patrimoine à protéger ou secteur économique d’avenir, l’artisanat au Liban est un domaine que nombre de particuliers et d’associations tentent de soutenir, tant bien que mal. Longtemps victime d’autres priorités économiques, le travail artisanal revient discrètement sur le devant de la scène. Pour beaucoup, qui dit artisanat dit produits folkloriques et traditionnels. Or, cette activité offre de nombreux visages ayant pour point commun le recours aux techniques manuelles traditionnelles. Une tradition renouvelée Classique ou moderne, l’artisanat au Liban offre plusieurs facettes que les professionnels déclinent afin de marquer leur spécificité. «Nous avons commencé à travailler en effectuant une étude dans les villages, pour savoir quelle est la spécialité de chacun, raconte Elyane Comaty Mitri, directrice...