La «nouvelle économie» fait son entrée au sommet du G8 où les chefs d’État et de gouvernement veulent éviter que la révolution des technologies de l’information n’ouvre une «fracture numérique» entre les «câblés» et les autres. Ironie du sort, le Japon, pays hôte du sommet d’Okinawa, compte parmi les retardataires mondiaux pour l’usage de l’internet, même si la toile s’y étend rapidement avec plus de 27 millions d’utilisateurs à la fin 1999. Le Premier ministre japonais Yoshiro Mori, 62 ans, a récemment admis qu’il n’avait jamais touché un ordinateur avant la campagne des élections législatives du 25 juin, partageant cette ignorance avec plusieurs ministres. Le Japon a malgré tout voulu faire de la révolution technologique le principal thème du G8 et a cherché à donner le bon exemple en annonçant un programme (de subventions, de garanties commerciales et de prêts) de 15 milliards de dollars pour aider les pays les moins nantis à combler en cinq ans le fossé avec les nations riches. Trente sites stratégiques seront désignés comme têtes de pont pour des projets liés aux technologies de l’information. En collaboration avec la Banque mondiale et les Nations unies notamment, Tokyo participera aussi à la formation de 10 000 ingénieurs et décideurs sur cinq ans. Au cours de leurs discussions à Okinawa sur la «fracture numérique», les leaders mondiaux examineront un rapport, le premier de ce type, concocté le 8 juillet par les ministres des Finances du G7 à Fukuoka (sud du Japon). Les grands argentiers y soulignent les effets bénéfiques de la révolution Internet sur la croissance mais redoutent qu’elle puisse conduire à un monde plus inégalitaire «si des politiques macroéconomiques et structurelles appropriées» n’étaient pas adoptées. Le taux de pénétration de l’Internet diverge déjà fortement d’une région du monde à l’autre avec 45,7 % aux États-Unis et au Canada (en juillet 1999) alors que l’Europe était au deuxième rang avec 9,9 %, loin devant le Moyen-Orient (2,2 %) ou l’Afrique (0,3 %), selon une étude internationale citée par le ministère nippon des Postes et Télécommunication dans son Livre Blanc 2000. «Le fossé se creuse entre les gens qui ont accès à un ordinateur et ceux qui ne l’ont pas», déplorait récemment Eisuke Sakakibara, ancien vice-ministre des Finances nippon lors d’une conférence consacrée à l’impact de la révolution technologique sur la mondialisation. Les chefs d’État et de gouvernement du G8 sont donc attendus au tournant pour des propositions concrètes permettant de tirer le maximum de fruits de la «nouvelle économie» tout en réduisant le plus possible les différences entre les «câblés» et les autres. «Les capitaux sont un facteur de division, mais il faut aussi une économie saine ainsi que la connaissance et les technologies, c’est pourquoi le rôle de l’éducation est très important pour réduire la fracture numérique», selon M. Sakakibara. Les infrastructures feront aussi clairement la différence dans le futur y compris entre pays riches comme le montre le dynamisme de places comme Hong Kong ou Singapour, estime Sachio Senmoto, ancien professeur à l’Université Keio de Tokyo, fondateur en mars 2000 de la société Internet EAccess. «Par le passé, les grandes puissances étaient fortes, mais cela peut changer : la ville d’Austin est devenue l’une des premières aux USA pour les technologies, grâce au leadership de son maire», selon M. Senmoto. Les autres ingrédients essentiels à une diffusion harmonieuse des nouvelles technologies sont la sécurité des échanges et la lutte contre la cyber-criminalité, domaine dans lequel les pays du G8 avaient décidé de collaborer lors d’un sommet consacré à ce problème à la mi-mai à Paris.
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