Les autorités syriennes multiplient les mesures pour faire face à une pénurie grandissante d’eau provoquée par deux années de sécheresse qui ont affecté le cheptel et la production de céréales. Un programme de rationnement d’eau, lancé depuis près de deux mois, prive d’eau pendant treize heures par jour les quelque 4 millions d’habitants de Damas, et parfois jusqu’à quatre jours par semaine les habitants des zones rurales. Une commission ministérielle a été mise sur pied début juillet par le Conseil supérieur de l’agriculture pour «évaluer les besoins en eau pour l’irrigation, les produits agricoles stratégiques (blé, coton, olive) et la population». La situation est particulièrement sensible dans la capitale. «La situation de crise profonde à Damas s’aggravera si une politique de gestion du problème de l’eau n’est pas arrêtée, les ressources disponibles assurant de l’eau potable pour seulement un million d’habitants dans une ville qui en compte quatre», écrivait samedi le quotidien officiel as-Saoura. Des mesures drastiques ont été prises pour limiter le gaspillage de l’eau. Le Havana, célèbre café du centre de Damas, lieu de rencontre des journalistes et intellectuels, a été fermé récemment pendant une semaine, pour cause de gaspillage. «Cet été sera encore plus dur que l’été dernier», avertissait récemment un quotidien, les faibles pluies des derniers hivers n’ayant pas permis de reconstituer les nappes phréatiques. Selon des chiffres officiels, les ressources en eau disponibles du pays n’ont atteint que 26,7 milliards de m3 en 1998 et près de 30,13 mds de m3 en 1999, soit 57,4 % et 64,5 % de la moyenne annuelle de 46,5 mds de m3. La pluviométrie en Syrie ne dépasse pas 200 mm par an et ce taux n’atteint pas plus de 50 mm dans le désert de Palmyre ou à Deir el-Zor (centre-est). Le pompage incontrôlé et «illégal» de l’eau a affecté les nappes phréatiques et asséché partiellement les rivières et les sources, la moitié des 160 000 puits recensés en Syrie ayant été illégalement creusés, selon des experts. La nappe phréatique dans la région de Damas se situe désormais à 200 m de profondeur, contre seulement 15 m en 1985, et les barrages dans le sud du pays ne sont remplis qu’à 25 à 60 % de leur capacité, selon une étude officielle. Des experts japonais, en mission en Syrie, ont récemment indiqué que les besoins en eau du pays représentaient le double des quantités disponibles. En 1999, la sécheresse a eu des conséquences négatives sur la production de blé qui a chuté de près de moitié à 2,5 millions de tonnes, contre 4,11 millions en 1998, et sur le cheptel composé essentiellement de 15 millions de moutons dont de nombreuses têtes ont été sacrifiées. La Syrie souhaite un partage «équitable» des eaux de l’Euphrate qui prend sa source en Turquie. Actuellement, la Turquie laisse passer 500 m3 d’eau par seconde en Syrie, qui fournit à son tour 58 % de cette eau à l’Irak. Les négociations de paix syro-israéliennes butent sur la restitution «totale» par Israël du plateau du Golan qui recèle des ressources en eau, fournissant 40 % des besoins en eau à l’État hébreu.
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