De simple gardien de troupeau dans sa jeunesse, le président zimbabwéen Robert Mugabe est devenu instituteur, avant d’être prisonnier politique, chef de guérilla puis chef de l’État. Son mandat présidentiel n’est pas en jeu avant 2002, mais les législatives des 24 et 25 juin seront décisives pour l’avenir du pays en crise. Âgé de 76 ans, le chef de l’État a fait preuve de pugnacité et d’une énergie débordante pendant la campagne pour les législatives en reprenant les thèmes de la guerre d’indépendance dans ses discours et ses attaques contre les fermiers blancs et les Britanniques. En baisse de popularité, le président Mugabe a soutenu depuis février 2000 les occupations des fermes appartenant à des Blancs par les anciens combattants, espérant que la promesse de terres aux sans-terre lui permettrait de récupérer des électeurs. Intellectuel marxiste, titulaire de six diplômes universitaires, M. Mugabe a été salué en libérateur quand il a remporté les élections de 1980 qui ont mis fin au régime de la minorité blanche. Au pouvoir depuis vingt ans, il est de plus en plus contesté, notamment pour sa gestion de l’économie. L’opposition accuse le gouvernement de s’enrichir au moment où le peuple devient de plus en plus pauvre. M. Mugabe a lui-même reconnu la corruption de certains dirigeants du pays. Né le 21 février 1924 dans la mission de Kutama, au nord-est de Harare, Robert Gabriel Mugabe a été éduqué par les jésuites. Ses discours sont souvent moralistes avec, notamment, des attaques contre les homosexuels. Instituteur à 17 ans, M. Mugabe s’est intéressé à la politique après avoir étudié à l’Université de Fort Hare (Afrique du Sud). Avant d’y décrocher un diplôme en 1951, il a pu entrer en contact avec de nombreux futurs dirigeants noirs d’Afrique australe. M. Mugabe qualifie cette période de «tournant» dans sa vie. Reprenant l’enseignement, il quitte la Rhodésie du Sud (aujourd’hui Zimbabwe) pour la Rhodésie du Nord (Zambie) et le Ghana où il rencontre sa première épouse, Sarah «Sally» Hayfron. Après la mort de celle-ci, il se remariera en 1996 à l’âge de 72 ans avec sa jeune secrétaire, Grace Mafufu. De retour au pays en 1960, il participe à des mouvements nationalistes noirs interdits par le régime de la minorité blanche. Arrêté avec d’autres dirigeants noirs, il passe dix ans dans des camps et en prison. Il tire profit de cette détention pour continuer ses études et pour consolider sa position au sein de l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU) dont il devient le dirigeant à sa sortie de prison en novembre 1974. M. Mugabe se rend ensuite au Mozambique d’où son mouvement lance des attaques de guérilla contre la Rhodésie. Les sanctions économiques et la guerre de guérilla – menée également par l’Union populaire africaine du Zimbabwe (ZAPU) de Joshua Nkomo à partir de bases en Zambie – forcent le Premier ministre rhodésien Ian Smith à se rendre à la table des négociations. Le parti de Mugabe prend le pouvoir après avoir remporté les élections de 1980. Le nouveau président choisit de tendre la main à la minorité blanche, mais seuls 80 000 Blancs – moins de 1 % de la population – restent. Ils seront souvent la cible d’attaques du président dans ses discours, en particulier les grands propriétaires agricoles.
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