Dans notre pays, somme toute fort traditionnel, le design n’a encore que quelques adeptes qui, par leur passion débridée, compensent le manque général d’engouement. Pourtant, petit à petit, l’esprit libre de la créativité gagne des voix dans la population libanaise, en particulier chez les jeunes. Que ce soit en raison de la mode, de l’esprit du design lui-même, ou tout bonnement du prix, le design ne fait donc pas encore l’unanimité dans le cœur des Libanais. «Le design reste réservé à une minorité jeune qui voyage beaucoup, remarque Nicolas Chédid, directeur d’Intermeuble. Les gens traditionnels aiment toujours les gros canapés en bois travaillé à la main, très classiques. Il faut aller à l’étranger pour découvrir d’autres choses. Évidemment, seuls les jeunes dont les parents sont riches peuvent se permettre de meubler leur intérieur en design. Au Liban, 40% de douanes, plus 20% pour le transport, cela fait une augmentation du prix de 60%. C’est pourquoi les clients, qui sont forcés de payer cher, veulent des pièces qui durent plus. L’achat d’un meuble devient un investissement. Il y a donc une recherche très forte du classique, dans l’ensemble, afin de s’assurer que d’ici 10 ans, le meuble ne sera pas démodé. Du coup, nous vendons surtout des canapés en grand angle, car le Libanais aime recevoir de façon conviviale. Il faut avoir un maximum de places assises. Des pièces moins classiques, comme les poufs, sont très peu vendables, il faut vraiment trouver des amateurs». De par sa dimension artistique, le design séduit donc ou effraie. On trouve rarement de juste milieu, en particulier dans un pays où l’esprit classique est fortement enraciné. «Pendant longtemps, nous avons eu l’impression d’être considérés comme des marginaux, raconte Léna Fadel, responsable chez Sel et Poivre. Les clientes venaient à la recherche d’argenterie ou de cristal, et nous leur proposions de l’acier. Mais aujourd’hui, cela change, surtout au niveau des jeunes. Les objets design sont cependant loin d’avoir remplacé le classique au Liban, à la différence de l’étranger». C’est donc la passion, un véritable attachement à l’objet lui-même, au-delà de sa fonction d’origine, qui motive l’achat d’une pièce design. «Beaucoup de gens sont sensibles à l’esprit Bang & Olufsen, il y a même des inconditionnels, constate César Debbas, directeur du marketing chez Debbas. Certains de nos clients ont acheté le BeoSound 9000 et ont invité des amis rien que pour voir cette machine fonctionner. Il y a l’attrait des qualités esthétiques, mais aussi celui des technologies utilisées. Cela devient alors une véritable passion. En général, une personne qui apprécie nos produits a un niveau de culture qui lui permet d’apprécier aussi d’autres aspects du design. D’ailleurs, nous ne nous sentons pas en concurrence avec d’autres vendeurs de télévisions. Nous sommes sur le marché des produits design. Nos concurrents sont donc les producteurs d’autres objets design, comme les vêtements, les meubles, les voitures». «Nous avons toute sorte de clientèle, constate pourtant Wissam Moubarak, responsable du marketing chez Sô. Notre clientèle n’est pas nécessairement jeune ou citadine. D’ailleurs, nous avons choisi notre emplacement sur une zone de passage à deux voies, l’une rapide, l’autre lente. De plus, cette région est un noyau mixte, au carrefour de deux quartiers. La clientèle que nos produits intéressent est en général cultivée au niveau artistique, elle suit donc très vite la tendance, sachant déjà quoi acheter et comment utiliser cet objet. En fait, pour nous, acheter n’est pas important ; il faut surtout utiliser l’objet, l’intégrer à son mode de vie. D’ailleurs, les clients colorient l’endroit, par leurs habits, par leur comportement. Ils font partie de ce qu’est le Sô».
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