C’est une villa ordinaire de la banlieue de Bangkok, mais à l’intérieur, elle abrite un «camp d’entraînement» pour mannequins, unique en son genre, qui prépare de jeunes Thaïlandaises à triompher dans les concours de beauté. S’il existe plusieurs écoles de modèles à Bangkok, seul ce camp offre la préparation physique et mentale nécessaire pour réussir au top niveau, assure sa directrice Srivieng Tanchai, que les filles appellent «Paa» (Tatie). Vivent à résidence huit beautés, qui ont débarqué au camp à des âges compris entre 16 et 18 ans, attirées par la réputation de Mme Srivieng, et dont l’emploi du temps est réglé comme une journée de conscrit. «Nous suivons un régime extrêmement sévère», raconte la jeune Nattanicha Bunyoprakon en choisissant des sandales dans un casier à chaussures à faire rougir Imelda Marcos. Et quand elle parle de régime, c’est autant d’alimentation que de discipline dont il est question. Fruits, légumes et salade de papaye épicée, les filles sont à la diète. Car, pour Mme la directrice, «il est important qu’elles restent dans une limite stricte de poids et de hauteur». Savoir-sourire Les apprenties mannequins vivent au camp jour et nuit. Chaque matin, réveil à la même heure, gymnastique (en portant des manteaux épais pour attraper de bonnes suées), école à l’extérieur puis retour à la villa pour les cours de maintien et de pose, de maquillage, de savoir-sourire comme de savoir-vivre. «Aucun écart n’est permis. Notre existence est littéralement dévorée par les concours durant le temps que nous passons au camp», explique Nattanicha. Cela veut dire que les petits amis sont bannis tant qu’elles sont cantonnées. L’entraînement dure de trois mois à cinq ans, selon que les aspirantes sont douées ou pas. Cet après-midi, Tatie Srivieng leur apprend, encore et encore, comment se déhancher en marchant le long d’un podium. Ses élèves s’efforcent de se conformer, grâce à la chirurgie esthétique, aux stéréotypes physiques susceptibles d’accrocher l’œil des juges. «La plupart des filles se font refaire les yeux ou le nez, qui pour ressembler davantage à une citadine, qui pour paraître plus blanche, et certaines se font siliconer les seins pour rivaliser avec les Occidentales», précise Mme Srivieng. L’une de ses arpêtes vient de se faire creuser des fossettes. D’autres se font arracher les dents et les remplacent par un dentier parfait. C’est Tatie qui paie les opérations de ses protégées. En échange, elle reçoit la moitié de leurs gains de concours. Et des concours, elles en gagnent. La salle de séjour est ornée de plus de 400 trophées accumulés par ses élèves depuis que Mme Srivieng, une ancienne maquilleuse, a décidé de former des mannequins il y a trente ans. «Jumbo Queen» Les concours de beauté sont très populaires en Thaïlande et, fortes des compétitions locales, les jeunes Thaïlandaises s’illustrent ensuite sur les podiums du monde entier. «Les reines de beauté sont ici plus admirées qu’ailleurs et les concours tenus en haute estime», assure Mme Srivieng. L’an dernier, on a recensé pas moins de 20 grands concours à Bangkok, la plupart parrainés par des multinationales. Sans oublier l’élection annuelle d’une «Jumbo Queen» qui glorifie l’obésité. Ce n’est forcément pas du goût des féministes thaïlandaises pour lesquelles la culture sexiste des concours de beauté cantonne les femmes dans des rôles frivoles. L’an dernier, des membres éminents de l’Ordre des psychiatres thaïlandais s’opposèrent à ce qu’une ex-Miss Thaïlande, Mlle Apisamai Srirangsan, rejoigne la profession, estimant qu’une femme aussi jolie manquait de l’autorité et du sérieux requis. Mais Mme Srivieng défend les concours de beauté qui, dit-elle, permettent à «beaucoup de filles de s’en sortir, d’aller à l’université et d’entrer dans les affaires ou les relations publiques». Et Nattanicha d’acquiescer : «Après le modélisme, j’ai l’intention de finir mes études à l’Université de Bangkok et de monter ma boîte de relations publiques».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’est une villa ordinaire de la banlieue de Bangkok, mais à l’intérieur, elle abrite un «camp d’entraînement» pour mannequins, unique en son genre, qui prépare de jeunes Thaïlandaises à triompher dans les concours de beauté. S’il existe plusieurs écoles de modèles à Bangkok, seul ce camp offre la préparation physique et mentale nécessaire pour réussir au top niveau, assure sa directrice Srivieng Tanchai, que les filles appellent «Paa» (Tatie). Vivent à résidence huit beautés, qui ont débarqué au camp à des âges compris entre 16 et 18 ans, attirées par la réputation de Mme Srivieng, et dont l’emploi du temps est réglé comme une journée de conscrit. «Nous suivons un régime extrêmement sévère», raconte la jeune Nattanicha Bunyoprakon en choisissant des sandales dans un casier à chaussures à...