Il serait trop facile de dire que tout va bien dans le domaine archéologique. Prétendre que tous nos sites ont été attentivement répertoriés, étudiés, mis en valeur. Et de s’enorgueillir de faire partie du patrimoine de l’humanité. Mais voilà : les choses ne sont pas aussi simples. Les avis sont partagés. Encore faudrait-il s’entendre sur la signification de cette appartenance hautement «symbolique». Ancien directeur de la Direction générale des antiquités, Chaker Ghadban, archéologue et maître de conférence à l’Université de Strasbourg, est plutôt sceptique : «Le fait d’avoir des sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial n’est pas en soi un couronnement, car il s’agit d’interpréter scientifiquement l’historique et d’en publier les données. La caution de l’Unesco est formidable mais il faut que l’État se penche davantage sur ces sites qui, en fait, n’ont pas tellement fait l’objet d’études approfondies. Les moyens sont dérisoires. L’État est souvent démissionnaire vis-à-vis de notre patrimoine. Nos organismes officiels spécialisés, entre autres la DGA, sont dans ce domaine dans un état lamentable. Équipement, problèmes administratifs, manque de personnel… tout porte à croire que les choses ne vont pas bien. L’exemple de la DGA qui existe depuis 56 ans en est une preuve». L’ancien responsable de la DGA recommande un plan de travail élargi qui suppose la prospection, l’inventaire de tous les sites, la mise en place d’une politique pour mieux faire connaître l’ensemble de ces sites en les mettant en valeur et en sachant les interpréter. Tout ce travail devrait être fait par des Libanais. «Nous avons d’éminents experts, nous dit M. Ghadban. C’est à eux qu’incombe le devoir d’apporter leur vision des choses en parlant de nos traditions, de notre patrimoine, de notre culture. C’est ainsi que l’on donne un sens national à toute recherche et sa mise en valeur… Kadischa a été classée sur la liste du patrimoine mondial. Qu’a-t-on fait pour son aménagement ? Byblos, si important, appartient, ipso facto, au patrimoine mondial, qu’il soit inscrit ou pas sur cette liste. Qui s’en est occupé ? À part Renan, Montet et Dunand ! Beyrouth doit-elle être fière d’avoir été une colonie romaine sous Auguste ? Ne s’agissait-il pas d’une politique punitive et colonisatrice à la manière occidentale !». Loin d’être hostile à la présence d’experts étrangers, notre interlocuteur voudrait situer le travail culturel dans un contexte national en l’inscrivant dans les traditions de notre pays avec son «Histoire, sa Culture et sa dignité». «Noublions pas, dit-il, que notre pays s’est caractérisé par son ouverture sur l’Égypte, l’Asie mineure, la Mésopotamie, la Grèce… mais sa richesse est malheureusement saccagée. Tous doivent travailler dans la recherche et la “conscientisation” à commencer par la Direction générale des antiquités qui devrait être plus autonome au niveau du choix du personnel spécialisé, de la gestion de son action et de son budget. Ce dernier étant géré par l’Unesco !». Interrogé sur ce plan, M. Joseph Kreidi explique : «Si le budget de la DGA passe dans le compte de l’Unesco, sur la base d’un accord avec le gouvernement, c’est pour faciliter le travail en évitant les longues contraintes et démarches administratives, que cela soit pour l’achat d’un équipement, le travail des archéologues et des restaurateurs ou l’informatisation et les laboratoires…C’est une solution rapide pour l’action entreprise, en attendant une autonomie totale».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il serait trop facile de dire que tout va bien dans le domaine archéologique. Prétendre que tous nos sites ont été attentivement répertoriés, étudiés, mis en valeur. Et de s’enorgueillir de faire partie du patrimoine de l’humanité. Mais voilà : les choses ne sont pas aussi simples. Les avis sont partagés. Encore faudrait-il s’entendre sur la signification de cette appartenance hautement «symbolique». Ancien directeur de la Direction générale des antiquités, Chaker Ghadban, archéologue et maître de conférence à l’Université de Strasbourg, est plutôt sceptique : «Le fait d’avoir des sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial n’est pas en soi un couronnement, car il s’agit d’interpréter scientifiquement l’historique et d’en publier les données. La caution de l’Unesco est formidable...