La Belgique, petit pays qui eut un immense empire, semble la première des anciennes puissances coloniales européennes à tenter d’éclaircir les zones d’ombre de son passé en Afrique, tant vis-à-vis du Congo que du Rwanda. Il y a tout juste quarante ans, le 30 juin 1960, l’indépendance du Congo belge fut marquée à Léopoldville (devenue Kinshasa par la suite) par un échange d’incompréhensions entre le roi des Belges et le seul dirigeant congolais élu à ce jour dans des conditions incontestables, Patrice Lumumba. À Baudouin Ier, qui célébra dans un discours paternaliste le temps des colonies de son aïeul Léopold II, le premier chef de gouvernement du Congo indépendant rappela, de façon non prévue au protocole, les «insultes» et les sévices dont furent victimes «les nègres». Désarçonnées, les autorités belges ne pardonnèrent pas cette intervention, qui scella leur rupture avec Lumumba. Sept mois plus tard, le leader indépendantiste était assassiné au Katanga, dans des conditions jamais éclaircies à ce jour. Officiellement, l’ordre fut donné par les dirigeants de la province congolaise sécessionniste. Mais depuis le 2 mai dernier, une commission d’enquête parlementaire belge tente de faire la lumière sur les responsabilités de la Belgique dans cette page sombre de son passé colonial. Déjà, le palais royal a accepté de mettre à sa disposition certaines archives. «S’il apparaît effectivement que les autorités belges ont trempé dans cet assassinat, il appartiendra à l’actuel gouvernement de présenter ses excuses au peuple congolais», a jugé le chef de la diplomatie, le libéral Louis Michel. «Si la commission Lumumba explore à fond les pistes disponibles et en tire des conclusions claires, la Belgique d’aujourd’hui n’en sortira pas diminuée», a estimé de son côté Le Soir dans son éditorial du 3 mai. Elle sera «la première des anciennes puissances coloniales à apurer à fond sa dette morale, et son exemple incitera peut-être d’autres gouvernements à pratiquer le même exercice, à propos de l’affaire Ben Barka par exemple...», ajoutait le quotidien bruxellois. Mehdi Ben Barka, combattant de l’indépendance du Maroc devenu l’un des héros du tiers-monde, fut enlevé à Paris le 29 octobre 1965. Sa disparition, impliquant autorités marocaines et policiers français, n’a jamais été totalement élucidée, malgré deux instructions judiciaires en France. En Belgique, la commission Lumumba n’est cependant que l’un des révélateurs d’une évolution des mentalités vis-à-vis de l’Afrique. Dans la société civile, metteurs en scène, chercheurs et médias n’ont pas hésité cette année à dénoncer les violences et les erreurs de l’occupant. Deux pièces de théâtre, jouées tant par des comédiens blancs que noirs, ont particulièrement bousculé la bonne conscience colonisatrice : Bruxelles, ville d’Afrique, satire du pillage des richesses et des sévices physiques au Congo, et Rwanda, 1994, dénonciation du rôle de l’Église belge dans la construction de la haine ethnique entre Hutus et Tutsis, qui amena le génocide de 1994. Les autorités ne sont pas en reste. Le premier ministre Guy Verhofstadt a présenté le 7 mai à Kigali le «pardon» de la Belgique pour le génocide rwandais. Et la justice a annoncé mardi que le premier procès de présumés génocidaires rwandais vivant en Belgique se tiendrait prochainement, alors que des rescapés du génocide dénonçaient depuis longtemps les protections belges dont ils bénéficient.
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