«Si l’architecture est la mise en scène de la vie, le design est la mise en scène de chaque instant de la vie, à travers les objets qui nous entourent». Voilà le credo de Marc Schéhadé, 29 ans, étudiant en dernière année d’architecture intérieure à l’Alba (spécialisation en design). Cet universitaire a déjà derrière lui quelques années de travail dans le domaine de la décoration et de la création de meubles. Il a à son actif l’aménagement de restaurants, de boîtes de nuit et d’appartements ainsi que des décors de pièces de théâtre. En fait, tout a commencé par le théâtre, il y a dix ans déjà. «À 19 ans, j’ai travaillé comme guichetier pour un spectacle de Sami Khayat. L’année suivante, j’ai construit, de mes propres mains, un guichet en bois pour une tournée de la même troupe. Et l’année d’après, Sami Khayat m’a carrément confié la scénographie. J’ai donc conçu le décor et fabriqué moi-même les accessoires». À partir de là, tout s’enclenche. «J’avais découvert ma voie. Il était tout naturel que je fasse des études d’architecture et de décoration». En étudiant, il continue de réaliser les idées de «produits» qu’il imagine. Ce qui donne naissance, à des objets aussi hétéroclites qu’une chaise de bar «médiévale», en cuir et cuivre frappé, qu’il a baptisé «la storia», (du nom de la boîte de nuit qu’il a aménagée rue Sursock), une «bibliothèque nomade» en forme de spirales de métal coloré. Ou encore, un valet de chambre à l’allure moderne, en cuir, boulon et métal, qu’il a obligeamment appelé «Le bon pli». Pour Marc Schéhadé, le «designer est le terroriste de l’objet». Dans le sens où il essaye toujours de concevoir un produit totalement novateur, qui remette en question la création de base. Dans cet esprit, il est en train de mettre la touche finale à un bougeoir en verre en forme de sablier – «parce que la bougie est liée au temps» – et au processus de fonctionnement complètement détourné du mode traditionnel. «J’ai placé la mèche, sur une bascule au centre du bougeoir, séparément de la cire. Qui, elle va l’alimenter par des gouttes qui descendent le long de tubes incorporés aux parois. La flamme se retrouve ainsi, contrairement à l’ordinaire, au bas du bougeoir. Quand la cire contenue dans les bâtonnets aura fondu, je n’aurais qu’à retourner le bougeoir pour renouveler la flamme». Dans le design d’un produit, il y a le côté esthétique, le côté fonctionnel mais aussi, on l’oublie souvent, la technologie. «On peut très bien visualiser un objet, en faire un prototype mais avoir beaucoup de problèmes à la réalisation, vu le manque de moyens technologiques au Liban». Quand il ne joue pas au terroriste, Marc Schéhadé devient penseur, ou même…étymologiste. Il trouve ses idées à partir de la recherche de la filiation des mots. Exemple : «Le valet de chambre veut dire en italien «sevo muto» (serviteur muet). Pour moi cela symbolisait une personne à genoux prête à recevoir les habits, le vide-poche, les chaussures du maître. Alors j’ai dessiné une ligne de profil qui rappelle une génuflexion». Pour Marc Schéhadé, c’est certain, toutes les procédures de création sont bonnes, tant qu’elles mènent à l’innovation intelligente.
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