Moscou a été hier l’une des premières capitales à réagir à la mort du président syrien Hafez el-Assad, un partenaire privilégié de la Russie qui est le principal fournisseur d’armes de Damas au grand dam de Washington. Le président syrien était «une grand figure politique et un ami de la Russie», ont souligné des sources du ministère russe des Affaires étrangères, citées par l’agence Interfax. Moscou espère que le décès du président Assad n’aura «pas d’effet négatif» sur le processus de paix au Proche-Orient, a déclaré une autre source haut placée de ce ministère, citée par Itar-Tass. Hafez el-Assad avait joué un rôle-clé dans ce processus, a estimé cette source, ajoutant que Moscou avait appris la mort du président avec «un profond regret». L’ex-ministre des Affaires étrangères Evgueni Primakov, expert du Proche-Orient et qui a commencé sa carrière dans cette région, a confié avoir ressenti «avec douleur» la mort du chef de l’État syrien. «Je connaissais Hafez el-Assad depuis 1966. J’avais beaucoup de respect pour lui. C’était un homme d’État sage, qui a dirigé son pays dans des conditions difficiles de confrontation avec Israël et l’Occident», a confié M. Primakov, interrogé à la radio Écho de Moscou. Il a exprimé l’espoir que la politique du successeur du président syrien se fera «dans un esprit de continuité». Hafez el-Assad, qui se rendait rarement à l’étranger, avait effectué une visite jugée historique en juillet 1999 à Moscou, sa première depuis la chute de l’URSS. Sur le plan diplomatique, le règlement de paix au Proche-Orient avait dominé les entretiens officiels. Moscou est coparrain du processus de paix avec Washington, mais l’influence de la Russie sur les pays concernés par ce processus est bien plus faible que celle des États-Unis, à l’exception justement de la Syrie. Les négociations sur de nouvelles ventes d’armes russes à la Syrie avaient dominé cette rencontre. La presse russe avait à l’époque affirmé que Damas souhaitait conclure des contrats pour un montant de deux milliards de dollars, concernant notamment de nouveaux chasseurs de type Su-27 et Mig-29, de nouveaux systèmes de DCA et des chars T-80. Avant son éclatement en 1991, l’Union soviétique était le principal fournisseur d’armes de la Syrie au point qu’aujourd’hui, selon les spécialistes russes, 90 % des armes syriennes ont été fabriquées en Union soviétique et en Russie. Cette visite avait d’ailleurs suscité l’inquiétude de Washington qui avait agité la menace de sanctions en cas de ventes d’armes à des pays «terroristes» comme le prévoit la loi américaine. Israël avait également exprimé sa préoccupation. La Syrie figure depuis 1979 sur la liste annuelle du département d’État des pays soutenant le terrorisme international. Peu après la visite du président syrien, la presse russe avait ajouté que Moscou étudiait la possibilité de vendre des missiles sol-air S-300 à Damas. Les ventes d’armes russes à la Syrie avaient d’ailleurs valu des sanctions américaines à trois entreprises russes en avril 1999. Le seul point noir dans les relations entre les deux pays était celui de la dette syrienne envers la Russie, d’un montant de 12 milliards de dollars, héritée de l’époque soviétique.
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