Avec son air de gitan venu de nulle part, son look volontairement kitsch, mélange de toutes les cultures qu’il revendique, Michel Eléftériadés est confortable dans la peau du producteur, musicien et surtout perfectionniste qu’il est, un artiste gai et heureux qui insuffle à la nuit – lorsqu’il la touche avec ses projets fous – des odeurs, des couleurs et des musiques qui la transforment en voyages… vers d’autres cieux, et le septième, en passant… Michel Eléftériadés est né dans la nuit du 21 juin, la nuit la plus longue de l’année, «que j’ai illuminée par ma présence», précise-t-il en riant. Provocation, encore une, qu’il s’amuse à lancer, pour accompagner son personnage à la coiffure particulière, la barbe de trois jours, la boucle d’oreille et les bracelets pas si discrets que ça, le gilet gitan et… de drôles de chaussettes rouges qui n’ont rien à voir avec le reste ; un négligé très étudié, régulièrement mis au goût du jour et de son humeur. Michel soigne son goût de la provocation et des paradoxes qu’il adore. Apprécier les prolétaires et les aristocrates, Jean-Jacques-Laffont et la musique tzigane, les spectacles commerciaux et ceux qu’il organise pour le plaisir – le sien et celui des spectateurs – mépriser le superficiel et le rechercher quelquefois, tout cela ne l’a jamais dérangé, bien au contraire ; il assume ses choix, les revendique tout haut ; «un tigre ne peut pas se débarrasser de ses rayures» ; Michel, tigre doux qui ne cesse de bondir, part vers d’autres pays et ramène des mélanges imaginés par son âme de musicien. Il aime jouer avec les mots, sans jamais se prendre au sérieux, «je me considère comme un produit de pure race bâtarde», le fruit d’une drôle de famille, «mon grand-père est grec de Turquie et mon autre grand-père libanais de France». Il se sent latin, arabe, parle l’espagnol, le dialecte gitan et le grec. Il rédige en français des textes pour d’autres artistes et des «poèmes, pensées, chansons… et autres conneries» pour lui, qui seront bientôt réunis dans un livre, à paraître cette année, en même temps qu’un double CD où Michel est accompagné par des musiciens russes, arméniens, grecs, tziganes, gitans et arabes, choisis durant ses nombreuses escapades dont il revient les mains pleines de nouvelles rencontres et de nouveaux rythmes et le coeur inondé de sourires. À presque trente ans, Michel est resté l’enfant-musicien qui a découvert les rythmes de la guitare, du piano et de la percussion avant même de savoir en lire les notes. Surprenants mélanges Après avoir grandi dans l’ambiance et le métier de son père André, après avoir fait des études de beaux-arts à Nantes puis au Liban, Michel s’est retourné vers la production de spectacles, en y ajoutant cette intervention personnelle qui l’a transformé en directeur artistique, «j’ai besoin d’ajouter mes propres idées, ma touche personnelle». Pour ne pas oublier ses premiers amours, la peinture et le socialisme, il peint un «mur de lamentations» au centre-ville, pour «dénoncer toutes les misères de l’humanité». Ses spectacles musicaux possèdent tous la touche de l’artiste, comme un tableau mis en scène par lui, «j’interviens toujours graphiquement dans tout ce qui touche à ma production». En 1995, Michel – qui continue à collaborer avec son père – organise le First Beirut Music Festival, un concert gratuit avec pour invités vedettes, le groupe Boney M, les Gibsons Brothers, Yann et les abeilles et bien d’autres. «J’ai perdu beaucoup d’argent, mais mon père – mon banquier – m’a sauvé». En 1997, il part pour Cuba et ramène dans ses bagages l’envie de créer un Café Cantanté, où musique, boisson et fête seront au rendez-vous, tous les soirs. Son café chantant s’appellera Amor y Libertad. Il y offre depuis plus de trois ans une musique live venue d’Espagne, de Cuba, d’Orient, venue du cœur, surtout. Il y fait même le musicien, lorsque l’envie le prend. En 1999, il poursuit la fête au Festival de Byblos, intitulé Mediterraneo, dans le cadre magnifique de la citadelle, avec des mélanges de genres que lui seul aurait osé rêver. Des corses tout de noirs vêtus chantant a capella les mélodies de leur pays, des tziganes déversant leur musique de noces pleine de couleurs le lendemain, et enfin Wadih el-Safi et José Fernandez chantant ensemble, un duo devenu brusquement une évidence et une grande réussite. Cette année, Michel rêve plus grand et prépare «son» festival dans le même cadre féerique de la ville de Byblos, un festival sur mesure, «qui n’a rien de commercial», pour un public de 700 personnes seulement, «pour ne pas perdre l’intimité et le charisme». La scène et les gradins seront dans l’eau, avec pour fond de scène la ville et la citadelle. Le programme a été pensé et conçu par l’artiste fou, ce Don Quichotte de la scène, des unions – libres –surprenantes, qu’il a été chercher à Cuba, en Yougoslavie, ou encore à Sydney. Marcellino Linarès un vieux de la vieille – musique cubaine – chantera avec la jeune Hanine les plus belles chansons du répertoire oriental, les gitans yougoslaves joueront leurs «tziganeries» en duo avec Tony Hanna, un vieux de la vieille – chanson populaire libanaise – , et enfin la soprano Penny Pavlakis reprendra à sa façon des chansons mystiques anglo-saxonnes. Pour chacun de ces trois projets, Michel a enregistré un album et un vidéo-clip, car ce qui l’intéresse, c’est «le marché international et, surtout, créer et non pas faire le vendeur». Avec sa gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec, Michel repart pour de nouveaux projets où la nuit devient reine d’un jour, y parsemant en parfait marchant de sable des «poèmes, pensées, chansons… et autres conneries». Des conneries comme celle-ci, on en redemande…
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