La voie semble maintenant dégagée, après la mort de Hafez el-Assad, pour que son fils Bachar lui succède sans encombre à Damas, mais sa légitimité reste fragile et les jeux sont loin d’être faits, estiment les experts. Les analystes – diplomates, chercheurs et universitaires – interrogés au Proche-Orient étaient unanimes sur deux points : une fois Bachar élu, l’opposition ne pourra venir que des cercles intimes du pouvoir, notamment l’armée et la communauté alaouite, et à la moindre faute importante de sa part, la contestation risque de se développer. «La vieille opposition des Frères musulmans a été écrasée dans les années 80 et au sein même des piliers du régime – parti Baas, communauté alaouite, armée et services de renseignements –, les contestataires potentiels ont été balayés», note un chercheur européen en poste au Moyen-Orient. Pour lui, «d’ici au 25 (juin), jour du vote du Parlement pour entériner la candidature de Bachar à la présidence, proposée par le commandement régional du Baas, et avant qu’elle soit soumise à référendum, il y a peu de chance que la procédure ne déraille». Un chercheur de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth est un peu moins optimiste : «Jusque-là, il n’y a pas de dégâts, Bachar a bénéficié d’une nette accélération de sa mise en orbite», convient-il, «mais dès après les obsèques de Hafez, mardi, les jeux de pouvoir vont commencer». Selon un autre universitaire, «Bachar devra satisfaire les autorités religieuses et les élites» de la communauté alaouite, une secte chiite qui représente 13 % des 17 millions de Syriens et parmi laquelle se recrutent les principaux cadres de l’armée. «Le président Hafez et son épouse, née Makhlouf, pouvaient compter sur l’appui de 60 % des Alaouites, le premier appartenant à la confédération clanique des Kalbiyeh, et la seconde venant du puissant clan des Haddadine». «Deux autres clans sont influents : ceux des Khayatin et des Mataouira», a indiqué cet universitaire. «Bachar n’est pas encore marié, et ceci l’affaiblit puisqu’il n’a pas d’alliance matrimoniale, au contraire de son père». Selon un diplomate occidental, «pour l’instant, il n’y a pas de contestation ouverte, mais un successeur désigné peut être élu et ne pas pouvoir consolider son pouvoir». «Bachar el-Assad profite d’une sorte de consensus, d’autant que la vieille garde du gouvernement, de l’armée et des services de renseignements a été décimée par l’épuration récente et les mises à la retraite», relève-t-il. «On peut néanmoins craindre pour Bachar qu’à la moindre anicroche, dans un environnement international très difficile, il ne soit sous une pression trop forte et écarté de la réalité du pouvoir», ajoute-t-il. Un chercheur de l’université hébraïque de Jérusalem, Avraham Sela, estime que le Baas «sert surtout de courroie de transmission» et «n’a plus qu’une faible autonomie», que «les ministres n’ont aucune importance» et que les services de renseignements rivaux se neutralisent. Resterait donc l’armée. À Damas aujourd’hui, le numéro deux est le chef d’état-major interarmées, le général Ali Aslan, selon M. Sela. Un chercheur beyrouthin souligne que «le pouvoir en Syrie est très opaque et segmenté» et que «du temps de Hafez, il était en outre très personnel». «Le grand patron tenait tout entre ses mains. Les responsables relevaient de lui et tout remontait directement à lui». De ce fait, explique-t-il, «si prévoir à trop long terme ce qui se passe à Damas relève de la fiction politique, on peut au moins dire sans risque de se tromper que Bachar, pour asseoir son contrôle, devra faire preuve d’un peu plus de charisme».
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