La céramique a d’abord été une valeur optionnelle pour Samar Mogharbel, étudiante en business à la LAU (Lebanese American University) : «Je me suis inscrite au cours de Dorothy Kazemi par hasard», raconte-t-elle. «Nos premières conversations portaient sur la discipline et nous nous étions d’ailleurs un peu accrochées». Déjà bricoleuse, l’étudiante s’attache à l’atmosphère de l’atelier, à son ambiance particulière. Sa production de pièces augmente brusquement : «Je ne faisais plus rien d’autre». Dorothy Kazemi lui apprend les rudiments du travail de la glaise et de l’utilisation du four. «Pour me former une bonne fois pour toutes, elle a apporté un jour un livre sur l’art islamique. J’ai alors saisi ce qu’était la forme», ajoute-t-elle. Deux ans plus tard, le professeur quitte le Liban pour l’Irak et propose au doyen de l’université que Samar Mogharbel la remplace dans le cours d’introduction à la céramique. Depuis 1981, celle-ci enseigne, tout en continuant de produire ses propres pièces. «J’ai été très influencée par le travail de Dorothy Kazemi, au point qu’on confondait nos pièces». Les céramiques se ressemblent par les lignes dessinées sur la terre et obtenues par le travail au tour. «Dorothy Kazemi arrivait à mettre de la vie dans ses poteries. Même dans un simple bol», observe-t-elle. Instinct des mélanges En pleine guerre, Samar Mogharbel installe son tour dans un minuscule cagibi, «près d’une cage d’ascenseur». Elle y travaille sans relâche et présente ses premières pièces en 1983, à l’Artisan du Liban : «Je travaillais de pair avec Lina Audi, qui confectionnaient des vêtements et des objets où dominaient les lignes», se souvient-elle. 1985 : la céramiste s’installe à Londres et prend des cours de glaçure et de moulage au Goldsmith’s College University : «Ce séjour à l’étranger m’a permis de rencontrer d’autres céramistes et de me familiariser avec la composition chimique, que je faisais jusque-là d’instinct». Un instinct qu’elle regrette d’ailleurs, le travail devenant moins spontané. C’est à son retour d’Angleterre que Samar Mogharbel commence à créer des formes sculpturales : «Il s’agissait en fait de commencer un travail temporel sur la terre, de lui donner un visage et plus seulement une ligne», explique-t-elle. En 1993, elle montre des moules de bustes, le sien en l’occurrence, qu’elle glace. En 1997, elle allie son travail à celui de Greta Naufal pour protester contre les négligences de Solidere dans le centre-ville. En 1998, elle participe à des excavations archéologiques avec Leïla Badr. «J’ai trouvé là-bas des restes de vases, des pierres millénaires qui ont servi de base à mon travail», dit-elle. Chair de la terre crue Après les bustes, les visages, posés sur des socles de matériaux «récupérés» des fouilles ou ramassés pendant des promenades : «Lorsque je marche, je fixe le sol», avoue-t-elle en souriant. 1999 : l’année de la consécration. La céramiste et sa collaboratrice dans la création, Greta Naufal, présentent une rétrospective de leurs œuvres en Suède, au musée Millesgarden, pendant cinq semaines. «Finalement, tout, dans la céramique, est dans la ligne», explique-t-elle. Pour ce qui est de la couleur, elle est à la recherche constante de celle qui, brute, «fait partie de la terre». Ce qui la fait toujours revenir à son tour ? «Le processus, qui m’intéresse plus que le résultat», répond-elle sans hésiter. «Comme la vision de la terre crue, qui ressemble à la chair. À ce moment-là, elle est généreuse et fragile». Samar Mogharbel parle aussi de la «primauté du sentiment tactile», du plaisir du «sentiment d’écoulement», quand la terre est remplie d’eau pour être modelée. Profondément «reliée au temps», elle cherche à transmettre à ses étudiants «l’amour de la matière». La plus belle leçon léguée par Dorothy Kazemi, son «maître tourneur».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La céramique a d’abord été une valeur optionnelle pour Samar Mogharbel, étudiante en business à la LAU (Lebanese American University) : «Je me suis inscrite au cours de Dorothy Kazemi par hasard», raconte-t-elle. «Nos premières conversations portaient sur la discipline et nous nous étions d’ailleurs un peu accrochées». Déjà bricoleuse, l’étudiante s’attache à l’atmosphère de l’atelier, à son ambiance particulière. Sa production de pièces augmente brusquement : «Je ne faisais plus rien d’autre». Dorothy Kazemi lui apprend les rudiments du travail de la glaise et de l’utilisation du four. «Pour me former une bonne fois pour toutes, elle a apporté un jour un livre sur l’art islamique. J’ai alors saisi ce qu’était la forme», ajoute-t-elle. Deux ans plus tard, le professeur quitte le Liban pour...