Longtemps combattue par l’Allemagne, l’idée française d’un «gouvernement économique» de l’euro susceptible de servir de contrepoids politique à la Banque centrale européenne (BCE) refait timidement surface. Deux ans jour pour jour après la première réunion de l’Euro-11, les ministres des Finances de l’Euroland sont convenus qu’il fallait renforcer ce forum de coordination des politiques économiques des 11 pays membres. «Il me semble qu’il est normal qu’une zone monétaire ait sa propre dimension et sa propre réflexion à côté de sa Banque centrale, comme on le fait partout dans le monde et comme on le faisait en Europe (avant le lancement de l’euro)», a souligné le ministre belge des Finances, Didier Reynders. Cela n’a pourtant pas toujours été de soi. Dès le début des négociations qui allaient aboutir à la conclusion du traité de Maastricht, la France allait se faire la championne du «gouvernement économique» de la monnaie unique. L’idée était que la BCE, dont la mission est de préserver la stabilité des prix, devait avoir face à elle un interlocuteur composé des gouvernements qui mènent les politiques économiques. L’ancien chancelier allemand Helmut Kohl et, surtout, son «grand argentier» Theo Waigel, qui avaient fait le «sacrifice» du mark, ont tout fait pour torpiller une idée jugée dangereuse. Pour eux, ce gouvernement économique proposé par la France était un instrument purement interventionniste qui ne pouvait que menacer la sacro-sainte indépendance de la Banque centrale européenne calquée sur le modèle de la Bundesbank. Du bout des lèvres, l’Allemagne avait fini par accepter en novembre 1997 la création de l’Euro-11, un forum informel chargé de débattre – mais rien de plus – des politiques économiques, des budgets, mais aussi des questions de change. En deux années de travail, ce cénacle n’a guère prouvé son efficacité, surtout depuis la démission, en novembre 1999, de l’ancien ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier avait entrepris de «muscler» l’Euro-11, mais il avait très vite perdu un allié fidèle en la personne d’Oskar Lafontaine, qui avait démissionné dès la fin de 1998. Il a fallu que l’euro chute de 25 % depuis son lancement en 1999 – avant de se reprendre ces dernières semaines – pour que l’Allemagne se rende compte que l’absence de contrepoids politique à la BCE était mal interprétée par les marchés. Les propositions présentées par le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer pour la création d’une Europe fédérale ont également démontré que Berlin entendait pousser la logique de l’intégration, y compris dans le domaine économique. Enfin, Laurent Fabius a, dès son arrivée à Bercy, annoncé son intention d’accorder la priorité à ce dossier en donnant «visibilité, lisibilité, efficacité» à l’Euro-11. «Il faut à côté de cette monnaie unique une instance qui puisse dialoguer avec la BCE», a-t-il souligné à Luxembourg. Paris et Berlin sont désormais d’accord pour renforcer l’Euro-11, même si le terme «gouvernement économique» est soigneusement évité par la France, qui laisse à d’autres pays le soin d’utiliser cette notion qui fâchait.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Longtemps combattue par l’Allemagne, l’idée française d’un «gouvernement économique» de l’euro susceptible de servir de contrepoids politique à la Banque centrale européenne (BCE) refait timidement surface. Deux ans jour pour jour après la première réunion de l’Euro-11, les ministres des Finances de l’Euroland sont convenus qu’il fallait renforcer ce forum de coordination des politiques économiques des 11 pays membres. «Il me semble qu’il est normal qu’une zone monétaire ait sa propre dimension et sa propre réflexion à côté de sa Banque centrale, comme on le fait partout dans le monde et comme on le faisait en Europe (avant le lancement de l’euro)», a souligné le ministre belge des Finances, Didier Reynders. Cela n’a pourtant pas toujours été de soi. Dès le début des négociations qui allaient...