Près de six mois après l’arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin, les États-Unis sont toujours perplexes face à la politique du nouveau chef de l’État russe et inquiets face aux risques de dérive autoritaire. L’ancien agent du KGB, également proche de certains milieux réformateurs, que le président Bill Clinton s’apprête à rencontrer à Moscou, reste «une énigme», résume Helmut Sonnenfeldt, spécialiste de la Russie à l’Institut Brookings, un centre d’analyses internationales. De la secrétaire d’État Madeleine Albright au conseiller présidentiel pour la Sécurité nationale Sandy Berger, les plus hauts responsables américains ont pris la route de Moscou ces derniers mois pour sonder M. Poutine, qui a succédé à Boris Eltsine en janvier, en tant que président par intérim puis comme chef de l’État. Mais Mme Albright, qui a rencontré M. Poutine en février et son ministre des Affaires étrangères Igor Ivanov à de multiples reprises, reste perplexe. «Il est encore trop tôt pour faire des théories sur la direction que le président Vladimir Poutine et son nouveau gouvernement vont suivre», a déclaré la semaine dernière le chef de la diplomatie américaine devant la London School of Economics. «La grande question reste de savoir s’ils (les dirigeants russes) entendent écrire le mot “ordre” avec un petit “o”, ce qui est nécessaire pour faire marcher la société, ou avec un grand “0”, qui se traduit par l’autocratie», a-t-elle ajouté. Le sommet de Moscou sera la première rencontre entre les deux chefs d’État depuis l’arrivée de M. Poutine au Kremlin, après des années dominées par les relations très fortes entre Bill Clinton et Boris Eltsine. Les analystes américains soulignent toutefois le risque de voir M. Poutine récupérer sa rencontre avec M. Clinton comme un soutien de Washington au renforcement de son pouvoir personnel. À huit mois de son départ de la Maison-Blanche, Bill Clinton risque d’apparaître comme un président en fin de parcours faisant une tournée d’adieux, face à un Poutine dopé par son élection. M. Poutine «a créé une sorte de décor de scène pour ce sommet avec Clinton, qui ressemble à ce qui se faisait à l’époque soviétique pour ce genre de rencontres», affirme Helmut Sonnenfeldt. Le chef de l’État russe «veut donner l’impression qu’il est la figure centrale, qu’il a l’autorité véritable entre ses mains, qu’il est peu ou prou l’égal du président américain», souligne cet ancien membre du Conseil national de sécurité américain. «Les Russes ne veulent rien de concret de ce sommet, hormis une photo avec le président des États-Unis déclarant à M. Poutine “vous êtes le leader légitime de la Russie”», estime quant à lui Michael McFaul, spécialiste de politique étrangère à la Fondation Carnegie à Washington. L’ancien conseiller diplomatique du président Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, a lui aussi mis en garde M. Clinton contre le risque de «louer trop hâtivement le nouveau président russe comme un démocrate réformiste». M. Clinton devrait faire preuve «d’une certaine retenue, basée sur une évaluation réaliste de la direction que prend la Russie», a estimé M. Brzezinski dans une tribune publiée par le New York Times.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Près de six mois après l’arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin, les États-Unis sont toujours perplexes face à la politique du nouveau chef de l’État russe et inquiets face aux risques de dérive autoritaire. L’ancien agent du KGB, également proche de certains milieux réformateurs, que le président Bill Clinton s’apprête à rencontrer à Moscou, reste «une énigme», résume Helmut Sonnenfeldt, spécialiste de la Russie à l’Institut Brookings, un centre d’analyses internationales. De la secrétaire d’État Madeleine Albright au conseiller présidentiel pour la Sécurité nationale Sandy Berger, les plus hauts responsables américains ont pris la route de Moscou ces derniers mois pour sonder M. Poutine, qui a succédé à Boris Eltsine en janvier, en tant que président par intérim puis comme chef de l’État....