Alors qu’un vent d’optimisme soufflait sur le marché des changes de Beyrouth au lendemain du retrait israélien des régions occupées au Liban-Sud et dans la Békaa-Ouest au milieu de la semaine dernière, un certain changement d’humeur s’est opéré cette semaine sur fond d’inquiétudes liées au refus du gouvernement libanais de dépêcher l’armée au Sud en dépit des appels réitérés en ce sens par la communauté internationale. Cela d’autant que la France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, faisait savoir que les conditions ne sont pas réunies pour accroître sa participation aux forces de l’Onu au Liban-Sud. Dans ce contexte, une tendance à l’expectative ne tardait pas à s’installer sur le marché, se traduisant par une contraction de l’offre du dollar à des fins de placements en livre libanaise, sans que cela s’accompagne d’un accroissement de la demande du billet vert qui s’est limitée aux besoins commerciaux quotidiens du marché. Pourtant, après que la Banque du Liban (BDL) se fut déclarée toujours prête à vendre le dollar à 1 514,00 LL et à l’acheter à 1 501,00 LL, ses cotations devaient rester au sein de cette fourchette mais à quelques différences près par rapport à la semaine dernière. D’un côté, le dollar continuait à être fixé régulièrement tous les jours, de lundi à vendredi, au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL, comme depuis le 9 septembre dernier, tout en se négociant finalement entre 1 512,00 et 1 513,00 LL contre 1 509,00/1 510,00 LL à la fin de la semaine dernière, soit en légère hausse de 0,2 % en moyenne d’une huitaine à l’autre. Toutefois, ce mouvement ne s’est pas accompagné de beaucoup d’activité car sur toute la semaine, le volume d’affaires n’aurait pas dépassé quelque 40 millions de dollars, entièrement négociés par les banques de la place à l’achat et à la vente, dans un marché équilibré de lui-même, sans aucune intervention de la BDL. La semaine de l’euro À l’étranger, l’euro a retrouvé son pouvoir de séduction sur les opérateurs cette semaine, face à un dollar dont l’attrait n’exerce plus d’effet sur les investisseurs, déçus par une série d’indicateurs laissant présager un essoufflement de la croissance américaine. La monnaie unique européenne a ainsi tourné autour de 0,93 dollar tout au long de cette semaine, écourtée lundi par des congés aux États-Unis et en Grande-Bretagne, avant de frôler hier le seuil psychologique de 0,95 dollar, se négociant brièvement à 0,9493 pour la première fois depuis le 18 avril dernier. Les raisons d’un tel regain de faveur pour l’euro ne sont pas à chercher en Europe, même si les perspectives de forte croissance dans cette zone ont été largement confirmées cette semaine. À cet égard, le marché n’a pas vraiment été surpris ni par la hausse de la croissance en Allemagne au premier trimestre ni par les prévisions optimistes de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), non plus encore par la chute du taux de chômage en France sous la barre des 20 % en avril, pour la première fois depuis plus de huit ans. Cela fait plusieurs mois que les données fondamentales de l’économie européenne sont bonnes et l’euro n’en avait pas pourtant profité, ce qui reflète incontestablement un changement d’attitude vis-à-vis de l’économie américaine et du dollar. Ce dernier a en effet pâti cette semaine de l’annonce d’une série de données économiques laissant présager un ralentissement de la croissance américaine. Les opérateurs ont été ainsi très sensibilisés par la baisse de l’indice d’activité des directeurs d’achat des groupes manufacturiers américains (NAPM) de 54,90 points en avril à 53,20 points en mai, par le recul de 0,6 % des dépenses de construction en avril contre une hausse de 0,8 % en mars, et surtout, hier, par la hausse du chômage américain de 4,1 % le mois dernier contre 3,9 % en avril, le ralentissement des créations d’emplois non agricoles à 231 000 contre 414 000 ainsi que de la hausse du salaire horaire de 0,1 % seulement contre 0,4 % pendant la même période. Autant d’indicateurs éloignant la probabilité d’un relèvement prochain des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine (Fed), surtout après l’annonce hier d’une baisse de 4,3 % des commandes à l’industrie en avril et de 2,00 % des ventes d’automobiles en mai. Parallèlement, la Banque centrale européenne (BCE) devrait de son côté augmenter ses taux d’intérêt d’un quart de point en pourcentage à 4,00 % lors de la réunion de son conseil des gouverneurs jeudi prochain, de l’avis unanime des analystes. Contrairement aux scénarios précédents, l’euro devrait cette fois-ci en profiter. Fait nouveau également : l’euro n’a pas souffert de la nette remontée du marché boursier américain, alors que le dollar n’est pas parvenu à en bénéficier. Les assauts de l’euro ne se sont pas limités au dollar. Le yen lui a aussi cédé du terrain, alors que les perspectives de croissance économique au Japon semblent moins bonnes que prévu initialement. La monnaie nippone a été minée aussi par les inquiétudes grandissantes concernant le secteur financier japonais après l’annonce mercredi de la faillite de la société d’assurance vie Daihyaku Life Insurance. Les incertitudes liées à des élections législatives anticipées au Japon n’ont fait qu’accentuer ce recul du yen face à toutes les autres grandes monnaies. Quant à la livre sterling, elle a peu intéressé le marché cette semaine, en l’absence de données économiques importantes en provenance du Royaume-Uni. Elle s’est contentée donc de suivre l’évolution des autres monnaies. C’est dans ce contexte que le dollar a dû achever la semaine hier, à New York, sur un ton faible, sauf face au yen, comme suit : – 0,9435 pour un euro contre 0,9315, vendredi dernier – 1,5055 pour un sterling contre 1,4905 – 2,0730 DM contre 2,0995 – 6,9525 FF contre 7,0410 – 1,6695 FS contre 1,6800 – 2 052,25 lires contre 2 078,45 – 108,30 yens contre 107,05. Hausse généralisée des Bourses dans le sillage du Nasdaq et de Wall Street Sur les places boursières internationales, les marchés américains ont été rassurés cette semaine par la publication de fondamentaux économiques confirmant un net ralentissement de la croissance, surtout après les chiffres du chômage en mai dont la remontée inattendue a réjoui les investisseurs. En effet, la dissipation des craintes de tensions inflationnistes n’a pas tardé à faire progresser les marchés financiers dont l’inflation est la pire ennemie. Et la Fed a paru réussir son pari de faire atterrir en douceur l’économie américaine grâce à une politique de relèvement progressif de ses taux directeurs pour étouffer l’inflation dans l’œuf. Mais ce resserrement des taux américains, passés de 4,75 % à 6,50 % en un an, a renchéri le loyer de l’argent et, par là-même, le coût de la dette des entreprises, des ménages ainsi que des transactions financières, prenant les marchés financiers à rebrousse-poil. En effet, les principaux indices boursiers américains devaient connaître ces dernières semaines une sévère correction nourrie par les fortes anticipations de nouvelles hausses de taux. Mais dès cette semaine et après la publication d’une nouvelle batterie de statistiques américaines excluant toute surchauffe de l’économie aux États-Unis, les craintes de durcissement monétaire se sont dissipées. «Les chiffres indiquent clairement que la Fed ne va pas resserrer le crédit en juin et montrent qu’un ralentissement se produit, même si son ampleur est encore incertaine», a estimé hier, Bruce Steinberg, chef économiste chez Merrill Lynch. Cela étant, l’indice Nasdaq a renoué franchement avec la hausse, remontant d’une huitaine à l’autre de 3 205,11 points à 3 803,49 points en préclôture hier, en hausse hebdomadaire de 18,67 % environ. Il en est de même de l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles qui a fait un bond de 10 299,24 points à 10 776,25 points pendant la même période, marquant une hausse de 4,63 % en moyenne. De leur côté, les marchés d’actions européens ont poursuivi leur rebond, soutenus par la grande fermeté du Nasdaq et de Wall Street. L’indice CAC 40 de la Bourse de Paris a fini la semaine sur un gain de 8,88 % à 6 673,52 points contre 6 129,15 points à la fin de la semaine dernière. À la Bourse de Londres, le Footsie a gagné 6,59 % à 6 626,40 points contre 6 216,90 points pendant la même période, ainsi que l’indice Dax de la Bourse de Francfort qui s’est adjugé 7,22 % d’une huitaine à l’autre à 7 438,95 points contre 6 938,33 points. La hausse a été également prononcée à la Bourse de Tokyo en dépit de la faillite d’une société d’assurance vie et d’une révision à la baisse de la croissance économique japonaise. En effet, l’indice de référence Nikkei 225 a grimpé de 4,95 % à 16 800,06 points à la fin de cette semaine contre 16 008,14 points à la fin de la semaine précédente dans le sillage de Wall Street.
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