Les faits ont beau parler d’eux-mêmes, l’Onu et les grandes capitales accroître leur pression sur Beyrouth, le pouvoir ne se résigne toujours pas à envoyer l’armée au Sud. Il n’en refuse pas le principe, indiquant à Roed-Larsen que le déploiement sera ordonné en temps opportun. Mais aujourd’hui c’est la vox populi qui réclame avec insistance une présence militaire nationale dans une région en proie à la confusion. Dans plusieurs localités, la peur confine au malaise, à la crise de coexistence. Incroyable mais vrai : dimanche dernier, des curés ont dû renoncer à célébrer l’office divin dans certains villages. Car les gens avaient trop peur de quitter leurs maisons, qui auraient été pillées en leur absence, pour se rendre à la messe. À ce degré de crainte, il ne fait aucun doute que la présence des gendarmes ne suffit pas pour rassurer les gens. D’une manière générale, comme les incidents le long des barbelés le démontrent, l’État libanais est appelé à établir sa souveraineté, à asseoir son autorité sur le territoire fraîchement libéré. La population et les politiciens du cru doutent que la sécurité, la stabilité, l’ordre puissent être assurés uniquement par les FSI ou la Sûreté générale, dont les moyens sont limités quand il s’agit de faire face à des éléments armés incontrôlés. Il n’empêche qu’usant de formules éculées datant du temps de la guerre, les loyalistes soutiennent qu’en tout état de cause, «les instruments disponibles n’ont que peu d’importance, car c’est une sécurité politique, donc à l’amiable, qui peut seule prévaloir dans une région aussi sensible». Un opposant répond en ricanant que «cet argument, qui veut justifier le non-envoi de l’armée, revient à dire qu’à la limite, on peut également retirer les gendarmes, car dans la logique des loyalistes, l’État n’a pas besoin d’être présent sécuritairement sur le terrain». Cependant un ministre indique pour sa part que «l’État libanais est sans aucun doute tenu d’envoyer son armée au Sud, ne serait-ce que pour respecter la 426. Il faut simplement comprendre qu’une telle mesure doit être bien préparée. Sans quoi ses conséquences effectives pourraient être dramatiques. Tant sur le plan régional du reste que sur le plan strictement intérieur. Il faut assurer un climat qui assure le succès du déploiement. Des contacts sont actuellement pris à cet effet». Sans doute avec les décideurs régionaux aussi bien qu’avec les formations locales. Quant au président de la Chambre, M. Nabih Berry, il met en garde contre l’envoi de l’armée dans les circonstances actuelles. À l’en croire, il n’existe pas de garanties qu’Israël ne reviendrait pas pour agresser l’armée libanaise ainsi que la population. Afin de prendre ainsi sa revanche. D’autres responsables ne cachent pas que la crainte principale du pouvoir reste que l’armée pourrait être obligée de se heurter avec des groupes locaux, à la suite de provocations organisées par des agents d’Israël. D’autres sources vont encore plus loin. À leur avis, en exigeant le déploiement de l’armée libanaise, les Occidentaux veulent servir les intérêts d’Israël. Car l’armée devrait immanquablement désarmer la Résistance et neutraliser l’abcès que constituent les camps palestiniens. Pour sa part une source sécuritaire souligne que la décision appartient au pouvoir politique, les forces régulières étant tout à fait prêtes sur le plan technique. Quoi qu’il en soit, le pouvoir met à profit le délai intermédiaire pendant lequel l’Onu doit elle-même préparer ses plans et ses projets pour la Finul. Toujours est-il que, tôt ou tard, Beyrouth devra déployer son armée, s’il ne veut pas que la Finul se retire du jeu. Un choix qui dépend en définitive d’une politique que le pouvoir libanais élabore en coordination étroite avec la Syrie, qui s’est toutefois engagée à coopérer avec l’Onu.
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