La décision de l’Érythrée d’accepter l’appel de l’OUA de retirer ses forces de Zala Anbessa (front central) a été saluée jeudi par les milieux diplomatiques à Asmara comme une «excellente et subtile manœuvre politique» jetant la balle dans le camp de l’Éthiopie. «C’est une excellente et subtile manœuvre politique par laquelle le gouvernement érythréen a jeté la balle dans le camp de son adversaire, qui imposait ce pas comme une première condition à un cessez-le-feu», a déclaré jeudi une source diplomatique à Asmara. «L’Érythrée ne peut que sortir gagnante d’une telle démarche stratégique. Elle démontre que bien qu’elle ait pu maintenir son contrôle militaire sur la zone depuis le déclenchement de la guerre, elle préfère répondre à l’appel international de la paix», a ajouté la source. «Diplomatiquement, elle s’attire la solidarité internationale, même si elle perd militairement une ville détruite. Elle protège ainsi son armée, infiniment inférieure en nombre en comparaison de l’armée éthiopienne, et cela lui permet de reprendre un nouveau souffle pendant la durée des navettes diplomatiques», a poursuivi le diplomate. «En rejetant cette initiative, le gouvernement éthiopien ne ferait que valider les affirmations érythréennes selon lesquelles il ne s’agit pas d’un conflit frontalier concernant des territoires contestés, mais d’une invasion éthiopienne dont le but est d’engloutir l’Érythrée», ont indiqué d’autres sources diplomatiques. «Addis-Abeba devra peser délicatement sa réaction au geste érythréen, car sa crédibilité internationale sera en jeu et elle est attendue au tournant», a ajouté la source. Le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan «s’est félicité» mercredi soir dans un communiqué de l’annonce érythréenne et a «exhorté» le gouvernement éthiopien à répondre lui aussi positivement à l’appel de l’OUA. L’Érythrée a annoncé mercredi qu’elle acceptait «pour le bien de la paix» l’appel de l’OUA de redéployer ses forces à partir de jeudi à minuit sur les positions qu’elles occupaient avant le début de la guerre en 1998. Les troupes érythréennes ont commencé à partir de minuit à se retirer de la région de Zala Anbessa, (130 km au sud d’Asmara) sur le front central de l’Érythrée, a déclaré jeudi le porte-parole de la présidence érythréenne, Yemane Ghebremeskel. Le gouvernement érythréen annonce ainsi qu’«il a décidé de redéployer ses forces sur les positions qu’elles occupaient avant le 6 mai 1998». L’OUA a demandé à l’Éthiopie et à l’Érythrée de revenir aux positions d’avant la guerre pour permettre la reprise des négociations de paix, interrompues le 5 mai. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, président en exercice de l’organisation panafricaine, est attendu jeudi à Asmara. Il s’est rendu mercredi à Addis-Abeba pour tenter de convaincre l’Éthiopie d’accepter son plan. Mercredi, les combats avaient continué de faire rage toute la journée sur le front central de Zala Anbessa, où les troupes érythréennes tenaient le terrain face à l’offensive lancée mardi par l’Éthiopie, avait constaté un journaliste sur le terrain. Addis-Abeba a affirmé jeudi que l’aviation et les troupes éthiopiennes «ont libéré la ville de Zala Anbessa après avoir complètement annihilé l’armée érythréenne qui était sur le point de s’effondrer», selon un communiqué du bureau du porte-parole du gouvernement éthiopien.
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