L’appel du président Lahoud, lors de sa tournée mercredi dans les villages frontaliers, au retour des habitants partis dans le sillage du retrait, a été rendu nécessaire par les craintes éprouvées du fait même que l’État n’a pas de suite fait acte de présence dans les régions libérées. Ni par ses services administratifs ni, surtout, par ses moyens sécuritaires. Il y a eu, comme on sait, un déferlement d’éléments émaillé d’incidents, comme les descentes dans des maisons, assez nombreux pour provoquer une psychose de vendetta. Le chef de l’État, mais également les notables religieux de différentes communautés qui ont multiplié les accolades ainsi que les politiciens qui ont effectué des tournées, ont rassuré dans une large mesure la population. En soulignant que la joie de retrouver le Sud ne devait pas être entachée par des règlements de comptes ou des provocations. Cependant, des pôles politiques estiment qu’il «est dommage qu’on ait dû recourir, à un tel moment de la vie nationale, à un quelconque discours d’apaisement, car cela semble montrer qu’il n’y a pas un seul Liban. Ces propos lénifiants, nul n’aurait eu besoin de les tenir si l’État avait été tout de suite présent, éclipsant automatiquement les éléments armés. Certes les formations dont ces derniers dépendent se sont comportées avec responsabilité et ont empêché tout dérapage sérieux. Mais en principe, il n’aurait pas dû y avoir d’apparition armée et si les réguliers avaient été là, ils ne l’auraient pas permise. De plus, force est de constater que même bien organisés, les partis comptent immanquablement dans leurs rangs des têtes brûlées indisciplinées, voire incontrôlables. Il est à craindre, objectivement, qu’ils ne mettent le feu aux poudres par des actions engagées de leur propre chef». Et de relever que «si les mesures adéquates avaient été prises par le pouvoir, il est très probable qu’il n’y aurait pas eu de familles à se réfugier par centaines en Israël. Les lahdistes auraient été assurés d’être correctement traités et se seraient tous livrés à la justice de leur pays, sans hésiter. S’ils ont fui, s’ils ont encore préféré l’humiliation et le déshonneur de se retrouver parqués comme du bétail chez l’ennemi, c’est qu’ils avaient de sérieuses raisons de craindre des liquidations, pour eux et pour leurs proches. Seul l’État peut rassurer, rassembler, garantir le droit de chacun et amener à résipiscence les brebis égarées dont Israël s’est cyniquement servi comme sacs de sable». Ces pôles ajoutent que «le chef de l’État est intervenu pour consolider l’unité nationale. Il sait en effet qu’elle est indispensable pour gommer les séquelles de l’occupation. Et pour contrer les tentatives israéliennes de semer la discorde dans ce pays. On ne peut oublier que le Liban se fonde sur des équilibres déterminés. S’ils devaient être rompus, son unité même en serait sapée. On ne doit pas omettre non plus que ces équilibres nécessitent, outre les arrangements intérieurs, la bonne volonté des parties extérieures influentes». Sans quoi c’est la perdition, comme le Liban en a fait l’amère expérience pendant 15 ans, durant la guerre domestique.
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