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Actualités - Chronologie

Une révélation, Jiang Wen, et un film étrange

Entre autres intérêts, le Festival de Cannes permet de découvrir de nouveaux cinéastes et il aura bien rempli son office en proposant en compétition le deuxième long-métrage du réalisateur chinois Jiang Wen. Ce film a, dans un premier temps, pâti de sa longueur – plus de deux heures trois quarts – et bon nombre de journalistes ont quitté la salle de projection avant la fin. Ceux qui sont restés auront vu un film étonnant, mélangeant les registres pour traiter d’une délicate histoire car elle confronte des Chinois et des Japonais durant la Seconde Guerre mondiale. En outre, à la différence de la plupart des films chinois, Guizi Lai Le a un rythme très soutenu, créant énormément de tension, proche d’une mentalité occidentale par la diversité de sensations qu’il procure, passant abruptement du rire aux larmes et d’une ambiance de Clochemerle à un délire de sauvagerie. Comme l’on est jamais si bien servi que par soi-même, Jiang Wen assume également le rôle principal de Guizi Lai Le (Devils on the Door Step). Âgé de 37 ans, Wen s’est fait connaître de la critique en 1993 avec Sous la chaleur du soleil. «Je ne voulais pas jouer dans le film au départ», confie Jiang Wen à Reuters. «Mais je ne pouvais pas trouver la bonne personne pour cela, il y avait aussi la question du dialecte; le dialecte (du nord-est de la Chine, non loin de la Mandchourie), pour moi, définissant la façon de penser. Finalement, toute l’équipe a suggéré que je joue le rôle moi-même». Guizi Lai Le se déroule dans un village chinois sous occupation japonaise. Un soir, des soldats de l’armée chinoise confient de force à Ma Dasan (Jiang Wen) la charge de deux prisonniers – un soldat japonais et son interprète chinois – qu’ils doivent venir récupérer au Nouvel an. Ils ne reviendront jamais. Bon gré mal gré, le village s’occupe des deux prisonniers, ayant grand soin de ne pas révéler leur présence aux troupes d’occupation. À l’animosité succède peu à peu une certaine familiarité, au point que le soldat japonais propose un pacte : sa libération contre du blé. L’échange se fait mais au cours d’un grand banquet nocturne donné par le commandant japonais, ce qui jusqu’alors n’était qu’une comédie bien enlevée quoique bavarde tourne ensuite à la tragédie avec la mise à sac du village. Ma Dasan, jusqu’alors comme tous ses congénères terrorisés par l’occupant japonais, change radicalement de comportement et, après l’armistice, va semer la terreur à coups de hache dans un camp de prisonniers japonais, ce qui lui vaudra la décapitation. La guerre, un prétexte «Le personnage que j’interprète a d’abord peur de la mort», a expliqué Jiang Wen. «Pour fuir cette peur de la mort, il doit trouver cette même mort. En termes de destinée, il ne peut trouver la sérénité qu’à travers la mort, c’est pourquoi le film (en noir et blanc) se termine en couleurs», la couleur alors symbolisant cette sérénité. Quant à cette fin, elle ne laisse pas perplexe que le public mais aussi les acteurs eux-mêmes. Teruyuki Kagawa, qui interprète le prisonnier nippon, l’avoue: «Quand j’ai lu le scénario pour la première fois, j’ai trouvé la fin invraisemblable», a-t-il dit. «Quand je suis revenu au Japon, après le tournage, il en était de même; pourtant, sur le plateau, je me souviens que je marchais à fond». Quant à l’acteur chinois qui jouait l’autre prisonnier (Yuan Ding), il l’affirme: «Je n’avais pas du tout l’impression de jouer un rôle, les problèmes (de communication) je les vis tous les jours, car cela fait 14 ans que je vis au Japon». On peut se demander dès lors comment ces difficultés, sources parfois de tension, n’ont pas fait que le film se désagrège. «Cela tient entièrement au talent et au charisme du réalisateur; il y a aussi une question de professionnalisme: on a signé un contrat, on le respecte», reconnaît Kagawa. Ces différences culturelles allaient pourtant très loin. «Dès le début du tournage, il y a eu un petit événement représentatif des problèmes entre Chinois et Japonais», se souvient Kagawa. «Il s’agit des cigarettes. Les Chinois avaient l’habitude de partager leur paquet avec tout le monde et donc, tout un chacun fumait les paquets de tout le monde successivement. Les Japonais au contraire fumait leur propre paquet. En définitive, on parvenait au même résultat». Tant de divergences ont fait que Jiang Wen a dû faire de son film une production exclusivement chinoise, quoique avec de véritables acteurs ou étudiants japonais, pour incarner les soldats nippons. «J’avais l’intention de prendre un producteur japonais mais il demandait tellement de révisions (du scénario) et j’ai abandonné l’idée», a noté Jiang Wen. Malgré tout cela, insiste le réalisateur, il n’était pas question de faire un film qui fasse des Japonais les «méchants de l’histoire». «Je ne pense pas non plus que nous ayons fait un film sur la guerre», a renchéri Yuang Ding. «La guerre n’est qu’un prétexte pour parler de l’homme et de la condition humaine».
Entre autres intérêts, le Festival de Cannes permet de découvrir de nouveaux cinéastes et il aura bien rempli son office en proposant en compétition le deuxième long-métrage du réalisateur chinois Jiang Wen. Ce film a, dans un premier temps, pâti de sa longueur – plus de deux heures trois quarts – et bon nombre de journalistes ont quitté la salle de projection avant la fin. Ceux qui sont restés auront vu un film étonnant, mélangeant les registres pour traiter d’une délicate histoire car elle confronte des Chinois et des Japonais durant la Seconde Guerre mondiale. En outre, à la différence de la plupart des films chinois, Guizi Lai Le a un rythme très soutenu, créant énormément de tension, proche d’une mentalité occidentale par la diversité de sensations qu’il procure, passant abruptement du rire aux...