Il y a trente-cinq millions d’années, la mer Baltique d’aujourd’hui était une immense étendue plantée d’arbres conifères. C’est de la fossilisation de ces forêts préhistoriques que l’ambre tire ses origines, plus particulièrement de leur résine. La plus grande mine d’ambre au monde se trouve dans l’enclave russe de Kaliningrad. «L’or de la Baltique», cette résine venue de la nuit des temps, est au centre d’un trafic qui rapporte des millions de dollars. Au Liban, on connaît surtout les «passe-temps» précieux, très appréciés par les collectionneurs. Mais dans la région de Gdansk, en Pologne, quelque 20000 joailliers transforment l’ambre brut en bijoux, souvent d’une très grande beauté baroque. Les petites échoppes de cette ville, dont l’ancien nom de Dantsig est intimement lié à la Seconde Guerre mondiale, offrent aux touristes des bijoux très recherchés, taillés «dans l’or de la Baltique». Car la frontière russo-polonaise, placée à une centaine de kilomètres des mines, est mal surveillée et, avec l’engouement pour l’ambre, la résine fossilisée devient aussi précieuse que l’or. Dans la mine de Kaliningrad, la couche supérieure du sol est arrachée à la terre, laissant apparaître, à 50 m de profondeur, une argile bleuâtre. Extraite et précipitée par un puissant jet d’eau vers d’énormes tamis de plus en plus fins, elle libère des morceaux informes d’ambre, précieuses reliques séculaires des forêts englouties. Brut ou poli, monté sur or ou argent, pur ou avec des inclusions d’insectes, l’ambre fut recherché autant par les pharaons que par les Romains. Appelé électron par les Grecs, il prêtera son nom à l’électricité comme à l’électron, grâce à sa propriété d’attirer, une fois rechauffé, des particules de matière. On connaît deux genres d’ambre: le gris et le jaune. Le gris est une concrétion intestinale de cachalots. Il est essentiellement employé en parfumerie. L’ambre jaune se présente sous la forme de morceaux durs et cassants, plus ou moins transparents, de couleur jaune, brunâtre ou rouge foncé. Lui seul est utilisé en bijouterie. Estimés à un million de tonnes, les gisements de Kaliningrad représentent 80% des ressources mondiales en ambre. Des carrières clandestines, où le travail se fait à coups de pelle et de pioche par «les hommes de l’ambre», comme on appelle ces mineurs totalement hors-la-loi, arrivent à extraire au moins 400 tonnes d’ambre par an. Mais le travail est dur, mal payé, et les parois fragiles des fosses sableuses engloutissent souvent les «clandestins» qui paient de leur vie leur acharnement. Le trafic à grande échelle, contrôlé par des groupes organisés, est encore plus difficile à combattre. On estime à plus de 80 tonnes l’ambre clandestin sorti en fraude, pour être travaillé à Gdansk, en Pologne. Ce qui représente 50 millions de dollars de chiffre d’affaires. L’ambre fait vivre aussi des milliers de joailliers en Lituanie et en Hongrie. Il semble aussi que le marché est de plus en plus prometteur. Il augmente de plus de 20% annuellement...
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