Les «aveux» du principal accusé dans le procès des juifs iraniens sur ses activités d’espionnage au profit d’Israël et notamment son apparition à la télévision font craindre désormais un verdict sévère. Hamid Tefilin, dit Danny, considéré comme le «cerveau» du groupe, a crée un coup de théâtre lors de la deuxième audience lundi de ce procès à huis clos devant le tribunal révolutionnaire de Chiraz (sud). «Je suis coupable. Je reconnais les accusations portées contre moi. J’ai espionné pour le compte d’Israël», a affirmé Tefilin dont les aveux avaient été diffusés à la surprise générale sur la télévision d’État. «Je suis plein de remords. Je me rends compte à présent que l’Iran est notre patrie, parce que c’est là que nous vivons», a poursuivi l’accusé. Alors que les huis clos en Iran sont scrupuleusement respectés, les aveux de Tefilin, d’abord passés à l’audience, avaient été rapportés illico à la presse par le porte-parole de la justice, avant l’apparition de l’accusé au principal journal du soir de la télévision nationale. Ce genre d’apparition qui avait cours lors des premières années de la Révolution islamique de 1979 est ensuite devenu plus rare. Le dernier en date remonte à juillet 1999. Après les violentes manifestations estudiantines de juillet 1999, certains d’entre eux avaient été accusés d’avoir été «manipulés par des puissances étrangères». Et quelques jours plus tard, un des étudiants accusé d’être un meneur, Manoutchehr Mohammadi, passait des «aveux» complets télévisés indiquant avoir eu des contacts notamment avec les États-Unis. Le nouveau code pénal iranien, en vigueur depuis 1996, prévoit la peine de mort «pour toute personne reconnue coupable d’espionnage pour Israël et les États-Unis», deux pays considérés comme «ennemis» de la République islamique et avec lesquels l’Iran n’entretient pas de relations. Dans ces circonstances, les éléments de défense deviennent bien maigres. Le seul sur lequel s’appuyait l’avocat du principal accusé était que son client ne pouvait être reconnu coupable d’espionnage que si la preuve de la «confidentialité» des documents était apportée. «Ce qui n’est pas clair pour nous, c’est que nous ne savons pas de quelles informations confidentielles il s’agit» et si ces informations sont véritablement «classées confidentielles», avait indiqué Me Ismaël Nasseri. Mais Hamid Tefilin a aussi demandé à bénéficier «de la clémence de la justice et du régime islamique», semblant réfuter, a priori, qu’une preuve de son innoce puisse être apportée. Dans un commentaire mardi matin, la radio a demandé à la justice d’aller «jusqu’au bout» dans sa détermination et de prononcer «un verdict ferme» contre les espions. Quelques heures après l’annonce de ces aveux, le ministère israélien des Affaires étrangères a exigé la libération immédiate de ces treize juifs iraniens, estimant que «la tentative de (les) présenter comme des espions (d’Israël) est dérisoire et barbare». Le procès, dont la troisième audience doit se dérouler mercredi, risque aussi de devenir un enjeu de politique intérieure dans la mesure où la justice iranienne, fief des conservateurs, veut asseoir son poids politique à la veille de la réunion du futur Parlement où les réformateurs seraient majoritaires. La justice a ainsi accentué ces derniers jours son offensive tous azimuts contre les réformateurs avec la fermeture de pratiquement tous leurs journaux et en traduisant devant le tribunal révolutionnaire leurs personnalités de premier plan pour leur participation à une conférence controversée tenue au début du mois à Berlin.
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