À nouveau siècle, nouveaux tissus. Si la mode est affaire de chiffons, les industries textiles se chargent d’évoluer aussi vite qu’elle. À lignes nouvelles, matériaux neufs. L’évolution concerne autant le style, les goûts, les formes que les matières premières qui permettent de concrétiser. L’année 1938 a vu naître la première fibre synthétique. Il s’agissait d’un polyamide, devenu célèbre sous son nom commercial de nylon. Il restera dans l’histoire de la mode comme la fibre «star» de l’épopée vestimentaire du siècle passé. Car c’est derrière elle et à partir d’elle, que viendront se ranger le polyester, l’acrylique, l’élasthanne, la polyuréthanne. Par la suite, le prêt-à-porter s’en est souvent emparé de ses fibres en les mélangeant entre elles, ce qui fait qu’on ne sait plus de quoi était fait ce qu’on portait. D’où l’obligation de désigner la composition sur une étiquette cousue à l’intérieur du vêtement confectionné. Petit à petit, la pétrochimie s’arrogea un plein pouvoir dans les penderies. Même les philosophes (Roland Barthes) parlent de «l’ère du simili» : l’acrylique détrône la laine, le polyester révoque le coton... Même le lamé d’or des princesses d’antan se retrouve, même dans les foires foraines, imité à souhait par le lurex... Le vent souffle à tout rompre dans les garde-robes, réalisant des révolutions ahurissantes. Même la fourrure, ce sacro-saint symbole de la réussite financière, se fait en acrylique. Elle dure, certes, moins longtemps que les roses, mais quelle importance. À ce prix on en achète vite une autre en se félicitant de respecter même la faune la plus sauvage. L’engouement technologique est tel qu’on se met à imiter même les faux ! Une célèbre griffe de la haute couture se convertit à l’emploi du Qiana, un polyamide qui imite la (fausse) soie, en proclamant qu’il vaut beaucoup plus cher que la soie naturelle et qu’en conséquent il est encore plus précieux... Tergal, l’inusable Dans la vie quotidienne, tous les nouveaux tissus rencontrent un même accueil chaleureux. Le Tergal (inusable, infroissable, indéformable, lavable et imperméable) devient objet d’engouement général. Au point de heurter l’industrie de textiles naturels qui se considère sérieusement lésée. Résultat : dans bon nombre de pays, on instaure les labels de qualité. La «pure» laine retrouve ses droits et la soie «naturelle» son prestige. L’artisanat triomphe et Sonia Rykiel en tire profit en lançant des tricots portables à l’envers, étiquette bien visible prouvant la «pureté» du matériel d’origine. La lingerie, tenue sagement de côté durant ce branle-bas, voit arriver sa révolution avec l’avènement du lycra. C’est la marque Warner, la première, qui lance les premiers soutiens-gorge à bretelles «extensibles» et les premières gaines souples. Les maillots de bain gainants aussi. Mais le chlore des piscines désagrège à l’usage les mailles en lycra, menaçant de strip-tease inopiné baigneuses et championnes. Mais la mobilisation des cerveaux et des techniques ne chôme pas. L’utilisation de la fibre élastique, réservée jusque-là à la fabrication de fuseaux de ski, permet de réaliser des vêtements superbement moulants. C’est la naissance du body, véritable (et première) «seconde peau». Le «stretch», inventé par des ingénieurs textiles lyonnais, vole au secours des formes rebondies. Les bourrelets sont avalés sous l’autorité élastique mais bien ferme de cette nouvelle matière qui permet de modeler le corps à volonté. Les microcapsules Le siècle qui s’achemine vers sa fin est féru de sciences au point où la mode emprunte à la médecine le principe de la micro-encapsulation. Résultat : des textiles pourvus de minuscules capsules contenant des éléments chimiques capables de se liquéfier ou de se solidifier sous l’effet de la température ambiante. Venu des États-Unis, ce nouveau concept met immédiatement en branle l’industrie de l’habillement, celle de la lingerie fine, la cosmétologie... De nouveaux textiles enrichis de propriétés inédites signent la fin du vingtième siècle. Les explorations ne s’arrêtent pas pour autant. Un groupe de jeunes créateurs se consacre à la recherche innovatrice. D’autant plus que les chercheurs japonais lancent de nouveaux défis. Dernier en date, celui présenté au Musée Galliera de Paris, au cours de sa dernière exposition sur les matériaux vedettes d’hier et d’aujourd’hui : un vêtement à faire soi-même, présenté dans une boîte, accompagné d’un mode d’emploi indiquant la marche à suivre pour obtenir, rien qu’en repassant, des motifs à relief de son choix...
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