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Actualités - Reportages

Violon d'Ingrès ... Le Dr Nabil Letayf vibre pour le bois (photo)

La dermatologie, cet «autre art», le docteur Nabil Letayf la pratique depuis de nombreuses années. Il a choisi la médecine comme métier et vocation car «les médecins sont avant tout des guérisseurs de l’âme». Le docteur Letayf aime «soigner les peaux», libérer les patients d’une écorce quelquefois inutile, leur donner une nouvelle liberté, une «peau neuve». «La dermatologie permet d’écouter, de toucher, d’entrer dans l’intimité des autres». Sa démarche professionnelle effleure sa quête spirituelle et artistique. Elles sont toutes les trois gérées par un être qui analyse les choses, s’analyse et tente de donner à l’existence une dimension d’immortalité. Très tactile, il s’exprime avec les mains, en fermant les yeux, découvrant sur le bout de ses doigts la sensation puis la forme et enfin l’objet ou le mal. Prolixe, il s’exprime avec des mots sincères, réunis dans un livre, Vibration sur bois, édité en 1999. Il y décrit son itinéraire, sa quête, toute une vie où le bois est roi, maître et esclave et où, lui, est un simple intermédiaire entre la matière et l’œuvre, un porte-parole. «La sculpture ressemble au corps humain, écrit-il, comme lui elle est spatiale, existentielle, temporelle». Un dialogue à deux Dans son atelier de Furn el-Chebback caché derrière des arbres, tentant vainement d’effacer l’agressivité du béton ambiant, Nabil Letayf se réfugie loin de la frénésie des jours pressés et leur cortège de stress, et prend le temps de vivre. «J’ai décidé de travailler trois fois par semaine ; le reste du temps, j’ai envie de vivre». Vivre pour lui signifie observer le silence, la lumière, les ombres, méditer sur un morceau de bois brisé par un violent orage, le caresser – avec son consentement – engager le dialogue et démarrer la transformation. Sur la porte de l’atelier, le nom d’une rue parisienne longtemps habitée exprime une nostalgie imprégnée de dix années passées en France. «J’ai eu la chance d’y vivre Mai 68. Ce fut un choc libérateur». Le visiteur intrus pousse alors la porte du paradis et se retrouve dans le jardin secret de Nabil, étonné d’en mesurer les limites, surpris de voir que de grandes œuvres aient été conçues entre ces quatre murs. De ce refuge dans lequel il passe des heures «en habit de travail», ses instruments – marteau, scies – alignés comme les mots d’une poésie, comme les bistouris d’un chirurgien, Dr Letayf s’évade, abolissant les murs pour embrasser l’espace, ressentir l’infini et pénétrer enfin l’objet qui se précise. «J’ai toujours aimé l’art, le beau. Les figures phéniciennes, la sculpture égyptienne, africaine, Rodin ou Camille Claudel m’ont poussé à m’interroger sur la démarche de l’artiste. Et puis, à un moment donné, regarder, contempler, toucher ne me suffisaient plus. J’ai eu besoin de faire». Anticonformiste, autodidacte, animé par une grande sensibilité, une profonde spiritualité, il poursuit : «J’ai sculpté pour oublier mon état de mortel, pour assouvir ma soif d’une spiritualité différente et mon instinct de procréation». Afin de déjouer une nature qui l’a privé de ce privilège de paternité, il tente ainsi d’enfanter une nouvelle vie, de donner à sa vie une suite, trois points de suspension qui parleront de lui, de sa quête, bien longtemps après. Et puis sans doute a-t-il fait de la sculpture pour se réconcilier avec un pays retrouvé en 1976, durant les années les plus sombres. «J’ai tenté d’organiser ma propre résistance ; aider les gens qui en avaient besoin». Il ouvre des brèches, creuse ses propres sorties de secours, épouse Bahia, « son rôle fut essentiel», et découvre la poésie et le bois. «J’aime le bois, l’olivier, le chêne ; les arbres ont du cœur». Sa première sculpture sera enfantée après de longues années d’amour, de réflexion et de maturité. «J’ai travaillé un morceau d’olivier, je l’ai d’abord reniflé pour m’imprégner de son parfum et puis je l’ai longuement observé». Le premier rendez-vous fut long, préambule d’une relation amoureuse qui dure encore. Nabil a enfin découvert une matière, une passion et ses propres maladresses. Vibration sur bois Depuis ce jour lointain, Nabil Letayf vibre pour le bois. Il connaît chacune de ses réactions «cutanées», ses faiblesses, «l’âge, l’humidité, la pluie…», ses pires ennemis, «les termites» et ses réactions à chaque contact. Il le traite en ami, complice et collaborateur. Leur travail se conçoit à deux. «Quand je découvre un morceau de bois, je le regarde et j’aperçois déjà des formes, un thème. La nature m’aide quelquefois». Pour preuve, cette tête d’oiseau au regard dessiné par les propres nervures du bois. «Lorsque je travaille le bois, je m’arrête pour le laisser se reposer, respirer et j’en profite pour prendre du recul. Un artiste doit travailler plusieurs œuvres en même temps. C’est souvent un long travail de plusieurs mois». Dans la salle d’exposition, «en fait la pièce où je suis né!», une multitude de sculptures cohabitent, en parfaite symbiose. «Je n’aime pas les galeries». Il a en effet préféré participer dans un premier temps à deux expositions collectives, le SAD de Beyrouth et le Salon d’automne du Musée Sursock, pour ensuite envahir l’espace de La Fabrika – anciens bâtiments de l’Imprimerie catholique – en juin 1999. «La magie des lieux est indispensable». Cette grande salle hospitalière semble heureuse et comblée par les présences muettes mais évocatrices d’histoires, de sensations. Le Bien et le Mal, La Mère et l’Enfant, Vague à l’âme, Grâce féminine, Introspection, évoquent chacune un sentiment, une analyse intérieure et imposent une réflexion, «le regardeur ne doit pas être passif. À lui de décider comment placer la sculpture, à lui de comprendre ses propres messages. Et avoir sa propre analyse. Il doit engager sa tête et son cœur». Le discours de Nabil Letayf est chargé, ponctué de regards, caresses adressés à ses sculptures, virgules dans un texte de 162 pages, une invitation à partager des vibrations sur bois.
La dermatologie, cet «autre art», le docteur Nabil Letayf la pratique depuis de nombreuses années. Il a choisi la médecine comme métier et vocation car «les médecins sont avant tout des guérisseurs de l’âme». Le docteur Letayf aime «soigner les peaux», libérer les patients d’une écorce quelquefois inutile, leur donner une nouvelle liberté, une «peau neuve». «La dermatologie permet d’écouter, de toucher, d’entrer dans l’intimité des autres». Sa démarche professionnelle effleure sa quête spirituelle et artistique. Elles sont toutes les trois gérées par un être qui analyse les choses, s’analyse et tente de donner à l’existence une dimension d’immortalité. Très tactile, il s’exprime avec les mains, en fermant les yeux, découvrant sur le bout de ses doigts la sensation puis la forme et enfin...