Une étude publiée dans le «Jama», le journal de l’Association médicale américaine, en date du 26 janvier 2000, sur le risque de cancer du sein provoqué par le traitement hormonal substitutif de la ménopause ranime un débat qu’on croyait dépassé. L’étude parue dans la revue scientifique américaine remet en question l’innocuité totale de cette thérapie, considérée comme une des importantes acquisitions de la médecine du XXe siècle : le traitement hormonal substitutif et en particulier les progestatifs n’amplifient-ils pas le risque de cancer du sein ? Or cette question tourmente, en effet, depuis des années les épidémiologistes. Dans la prévention des troubles immédiats de la ménopause, le traitement hormonal substitutif s’avère d’une efficacité certaine. Difficultés sexuelles, bouffées de chaleur et troubles de l’humeur se réduisent ou disparaissent sous l’effet de cette thérapie. L’efficacité de cette hormonothérapie reste moins évidente lorsqu’il s’agit d’ostéoporose et de maladies cardio-vasculaires. L’hormonothérapie de substitution en question associe les œstrogènes et les progestatifs en remplacement des sécrétions ovariennes taries. La partie active du traitement est assurée par les œstrogènes tandis que les progestatifs agissent comme agents protecteurs contre le cancer de l’utérus, favorisé potentiellement par les œstrogènes. Depuis plusieurs années des discussions et des observations ont lieu essayant de cerner la portée de ces traitements sur le risque de cancer du sein. Les études à ce sujet ont été contradictoires pendant longtemps, mais finalement il fut admis que le traitement hormonal «n’augmente que légèrement ce risque» (v. le Lancet d’octobre 1997). Aujourd’hui on admet que ce risque n’est pas stationnaire mais augmente avec la durée du traitement, décroît et s’amenuise à l’arrêt de l’hormonothérapie. Le rôle des progestatifs Cette conclusion soulève avec acuité une question : Les progestatifs jouent-ils, associés aux œstrogènes, un rôle protecteur ou bien favorisent-ils ce cancer ? Des travaux d’exploration dans ce sens ont été publiés dans le Jama, portant sur 46355 femmes américaines ménopausées, suivies pendant quinze ans (1980-1995) dans le cadre d’un programme national de dépistage du cancer du sein. Les résultats de cette vaste enquête ont permis d’évaluer le risque de cancer du sein à 20% pour les femmes prenant uniquement des œstrogènes, durant une période inférieure à quatre ans, par rapport à celles ne suivant aucun traitement. Le risque montait à 40 % pour les sujets dont le traitement était à base d’une association œstrogènes et progestatifs. Le danger augmentait avec la durée d’utilisation, de 1 % par année d’usage pour les œstrogènes seuls et de 8 % avec l’association œstrogènes-progestatifs. La conclusion d’une étude, entreprise par Walter C. Willet, chef du département de la santé publique de Boston, a démontré que le traitement hormonal de la ménopause présentait des avantages importants sans exclure des risques potentiels. La réplique française À la diffusion de ces résultats, la réaction française fut immédiate : «Le progestatif utilisé aux États-Unis n’est pratiquement pas prescrit en France. Les conclusions de cette étude ne sont pas, en conséquence, transposables aux pratiques françaises», a relevé le Dr Maudelonde de l’Inserm-Montpellier. En déplorant toutefois l’absence d’études épidémiologiques sur un nombre élevé de femmes, suivies pendant un temps suffisant, évaluant l’effet des modalités actuelles de prescription en France sur les risques de cancer du sein. Dans le monde, les spécialistes et les chercheurs sont loin de s’accorder sur l’effet des progestatifs et les risques de cancer du sein. Ils sont unanimes pour reconnaître que les progestatifs exercent un effet préventif indéniable contre le cancer de l’endomètre, à condition d’être utilisés au moins dix jours par mois. Il semblerait, par ailleurs, qu’au congrès international sur la ménopause, tenu au Japon en octobre 1999, la moitié des experts réunis estimaient que les progestatifs étaient utiles à la prévention et les autres pensaient qu’ils augmentaient le risque. Conclusion, il est urgent d’initier de vastes études pour connaître exactement les avantages et les risques de ces hormonothérapies, dans la mesure où ces traitements sont prescrits à des millions de femmes. Il revient aux organismes internationaux spécialisés d’instaurer des actions à la mesure de l’importance de cette question.
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