Le gouvernement britannique a reçu le leader de l’opposition zimbabwéenne dans le cadre de ses efforts pour tenter de régler, 20 ans après l’indépendance de sa colonie, la crise non résolue autour des terres des fermiers blancs. Ce dossier empoisonné, compliqué par l’occupation de centaines de fermes par les anciens combattants de l’indépendance, est au centre du conflit acrimonieux qui oppose depuis plusieurs semaines les deux pays. «Le Zimbabwe aux Zimbawéens», a encore proclamé jeudi dernier Robert Mugabe depuis la tribune du sommet du Groupe des 77 à La Havane, pour justifier sa volonté d’une redistribution des terres au profit des exploitants noirs. Le père de l’indépendance est accusé par ses opposants et par Londres de jeter à dessein de l’huile sur le feu dans l’espoir de transformer les élections promises en mai en confrontation directe entre Harare et son ancienne puissance coloniale. Un thème populaire qui a en outre le mérite de faire oublier le mécontentement grandissant de la population zimbabwéenne à l’égard des tendances autocratiques du dirigeant et de la précarité économique du pays. Les travaillistes de Tony Blair reconnaissent eux-mêmes la nécessité d’une réforme agraire dans un pays où, deux décennies après l’indépendance, quelque 9 000 fermiers blancs continuent à monopoliser 70 % des terres arables du pays. Les 500 000 exploitants noirs se partageant le reste. Et si l’opposition conservatrice a accueilli les occupations de fermes aux cris de «nettoyage ethnique», certains au Royaume-Uni sont prêts à battre leur coulpe. «Le Zimbabwe souffre avec Robert Mugabe, mais la Grande-Bretagne doit se poser des questions sur son rôle», a estimé le très écouté Financial Times. Les accords de Lancaster House en 1979, qui avaient scellé l’indépendance de l’ancienne Rhodésie, prévoyaient en effet une aide internationale à la réforme agraire pouvant aller jusqu’à 2 milliards de dollars. De l’aveu même de Robin Cook, la Grande-Bretagne n’y a contribué qu’à hauteur de 70 millions de dollars. Après avoir d’abord répondu coup pour coup aux attaques verbales souvent outrancières du président Mugabe, Londres semble avoir décidé d’adoucir ses critiques pour donner la priorité à une reprise du dialogue sur la question. Le chef de l’opposition zimbabwéenne, Morgan Tsvangerai, a lui-même exhorté Londres à ne pas faire le jeu de l’ancien chef de guérilla. «Il faut faire très attention à ne pas transformer M. Mugabe en martyr» juste avant les élections, a-t-il dit à la BBC. Robin Cook a rejeté l’idée d’un gel des avoirs financiers de Robert Mugabe en Grande-Bretagne et il refuse de suivre l’opposition conservatrice qui demande qu’Harare soit suspendu du Commonwealth. Le ministre s’est au contraire employé à saluer l’appel à l’évacuation des fermes lancé par le gouvernement zimbabwéen et s’est même félicité des propos tenus à La Havane par M. Mugabe, qui a parlé d’une «acquisition» des terres et non plus d’une saisie. «Cela représente un changement dans sa rhétorique», a estimé M. Cook. Autre signe de relative détente dans les relations, Londres doit recevoir prochainement une délégation gouvernementale zimbabwéenne pour discuter d’un éventuel financement britannique à la réforme agraire. Un compromis s’annonce néanmoins difficile, car le Royaume-Uni pose plusieurs conditions pour prix de son appui : la priorité accordée aux paysans pauvres, et non aux amis de M. Mugabe, l’absence de confiscations et la tenue d’élections libres.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le gouvernement britannique a reçu le leader de l’opposition zimbabwéenne dans le cadre de ses efforts pour tenter de régler, 20 ans après l’indépendance de sa colonie, la crise non résolue autour des terres des fermiers blancs. Ce dossier empoisonné, compliqué par l’occupation de centaines de fermes par les anciens combattants de l’indépendance, est au centre du conflit acrimonieux qui oppose depuis plusieurs semaines les deux pays. «Le Zimbabwe aux Zimbawéens», a encore proclamé jeudi dernier Robert Mugabe depuis la tribune du sommet du Groupe des 77 à La Havane, pour justifier sa volonté d’une redistribution des terres au profit des exploitants noirs. Le père de l’indépendance est accusé par ses opposants et par Londres de jeter à dessein de l’huile sur le feu dans l’espoir de transformer les...