Le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a demandé pardon aux Rwandais «au nom de son pays», pour sa responsabilité dans le génocide de 1994, au cours d’une cérémonie nationale de commémoration à Gisozi, près de Kigali. «Au nom de mon pays, je m’incline devant les victimes du génocide. Au nom de mon pays, au nom de mon peuple, je vous demande pardon», a lancé le chef du gouvernement belge. «Je l’affirme: la communauté internationale toute entière porte une immense et lourde responsabilité dans le génocide. J’assume ici devant vous la responsabilité de mon pays, des autorités politiques et militaires belges», a-t-il ajouté devant les plus hautes autorités rwandaises. «Pour que le Rwanda puisse tourner son regard vers l’avenir, vers la réconciliation, nous devons d’abord assumer nos responsabilités et reconnaître nos fautes», a-t-il ajouté. «Les coupables du génocide, qui ont cru trouver refuge en Belgique et échapper à la justice, n’y échapperont pas et nous continuerons à collaborer avec la justice rwandaise et le Tribunal pénal international» pour le Rwanda (TPR), a souligné M. Verhofstadt. Ancienne colonie belge, le Rwanda a été le théâtre de massacres planifiés par les autorités hutues et exécutés par l’armée et des milices, faisant entre 500 000 et 800 000 morts parmi les Tutsis et les Hutus modérés d’avril à juillet 1994. La cérémonie nationale de commémoration du génocide a commencé dans la matinée d’hier à Gisozi, rassemblant plusieurs milliers de personnes sur une colline un peu à l’écart de cette ville, située dans la préfecture de Kigali. Ce site héberge un mémorial en construction avec plusieurs tombes où doivent être enterrées plusieurs milliers de victimes de 1994, exhumées dans la préfecture de Kigali depuis le 16 mars dernier. De nombreux responsables du gouvernement rwandais, dont le général Paul Kagamé, président de la République par intérim, assistent à la cérémonie. Une importante délégation belge, aux côtés du Premier ministre, a fait le déplacement, dont le ministre des Affaires étrangères Louis Michel, le ministre de la Défense André Flahaut ainsi que les familles de 10 Casques bleus belges tués le 7 avril 1994, alors qu’ils assuraient la protection du Premier ministre Agathe Uwilingiyimana. Plus tôt, M. Verhofstadt avait rendu hommage aux Casques bleus tués au cours d’une cérémonie militaire au camp militaire Kigali, en présence de leurs familles. «Pendant des heures, sur ces lieux, leur défense a été courageuse, espérant une aide qui, pour des motifs incompréhensibles, n’est pas venue», a-t-il souligné. «Ils sont tombés sous les yeux d’un commandement indécis qui témoignait jusqu’à l’absurde d’un système gravement coupable», a-t-il ajouté devant le mur encore criblé d’impacts de balles au pied duquel les parachutistes ont été fusillés. «C’est un geste assez significatif que la Belgique vient manifester aujourd’hui à l’égard des Rwandais, un geste de solidarité et de sympathie», a déclaré le Premier ministre rwandais, Bernard Makuza. «En ce qui concerne les fautes, c’est toute la communauté internationale qui a manqué à son devoir», a-t-il cependant estimé.
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