Grâce à L’Oréal, des gens de sciences se sont mis à l’étude de la composition des fards pharaoniques, contenus dans des flacons au musée du Louvre. L’Oréal s’est ainsi inspiré de ces recettes pour recréer les fards millénaires. En maquillant des mannequins à la manière des fresques antiques, le laboratoire a pu créer une nouvelle version de la beauté aussi ensorcelante que celle des bas reliefs et des images de l’ancienne Égypte, telles qu’on peut les voir sur les peintures des tombes. Yeux encerclés de noir, lèvres rouges, joues fardées et perruques tressées, hommes et femmes de l’Antiquité égyptienne soignaient leur maquillage autant que leur apparence. Une impressionnante panoplie d’accessoires, de fioles, de pots en albâtre et de tubes en os ou en roseau retrouvés à l’intérieur des tombes au cours des fouilles archéologiques permettent de réaliser à quel point cette ancienne civilisation était fascinée et marquée par le culte de la beauté. Jusqu’à présent, la coquetterie de la période pharaonique n’avait pas eu droit à de recherches plus élaborées sur la composition des substances employées pour les maquillages égyptiens. Grâce à un partenariat inédit entre le laboratoire de recherche des musées de France et L’Oréal, une nouvelle lumière vient éclairer cette page méconnue de l’histoire des peuples. Quarante-neuf flacons contenant des traces ou des résidus de fards ont abouti à un résultat ahurissant: la preuve que les Égyptiens étaient des chimistes avertis, connaissant parfaitement la cosmétologie de synthèse et les vertus thérapeutiques de diverses substances entrant dans les diverses combinaisons cosmétiques. Ce qui laisse supposer que l’emploi des fards jouait également un rôle de prévention ou de traitement contre certains maux dont souffrait ce peuple. Une découverte importante qui offre toute une gamme de notions neuves sur l’usage des fards dans l’Antiquité. On apprend ainsi que le maquillage faisait partie d’une habitude générale. Hommes, femmes mais également les enfants se fardaient les yeux. Il n’était pas non plus réservé exclusivement à l’élite. Le peuple autant que les souverains se maquillaient avec des fards toutefois différents. Il existait par ailleurs des modes et des produits qui changeaient avec les époques. Sous l’ancien Empire (2640-2155 av. J.-C.), le fard vert prédominait. Il disparaîtra au profit du fard noir, fabriqué à partir d’une poudre noire (poudre de galène) employée jusqu’à nos jours. Au fil des siècles, les styles de maquillages évoluent: larges bandes sous les yeux (fard vert) ou en cercle autour de l’œil (fard noir), trait fin ou trait épais prolongés parfois de part et d’autre de l’œil vers la tempe et le nez. Le maquillage majestueux était sans doute réservé au roi et aux dignitaires. Les analyses des flacons ont permis de constater que les cosmétiques soignaient autant qu’ils embellissaient. Dans les fards des yeux, ils ajoutaient deux composés de plomb (laurionite et phosgénite) bénéfiques pour les yeux. Car à cause des inondations du Nil, du soleil et des vents du désert, les maladies des yeux (trachomes, ophtalmies, conjonctivites) étaient endémiques, comme ajourd’hui. D’ailleurs en Égypte sur un flacon se trouve gravé: «Bon pour chaque jour, du premier au quatrième mois de l’inondation, du premier au quatrième mois d’hiver, du premier au quatrième mois d’été». Les fards participaient dans l’embaumement, associés aux huiles et à l’encens. Le défunt habillé et fardé était prêt ainsi à une nouvelle existence dans un autre monde. Des fards sur ordonnance Sur certains flacons, découverts dans les tombes de la Haute Égypte et faisant partie de l’arsenal cosmétique, des inscriptions indiquent leur mode d’emploi. Sur d’autres, des incantations devant accompagner leur usage afin d’améliorer leur efficacité thérapeutique parallèle à la cosmétique. Il en est ainsi de ce texte inscrit sur un flacon contenant du fard vert, composé de malachite et d’autres ingrédients. «Viens malachite, viens la verte, viens écoulement de l’œil d’Horus, viens à lui et chasse pour lui les faiblesses de la vue».
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