De bouche en bouche, la même phrase circule. «Un meurtrier est au pouvoir», disent les réfugiés tchétchènes du camp de Severny au lendemain de l’élection à la présidence russe de Vladimir Poutine, dont ils n’attendent que bombes et massacres. Dans ce camp situé en Ingouchie, où les réfugiés vivent dans des wagons de chemin de fer, comme dans celui de Spoutnik, en contre-bas dans la vallée, les réfugiés n’ont de toutes façons pas eu leur mot à dire, ils n’ont pas voté. «Ni avant ni pendant le scrutin nous n’avons vu d’urnes, et personne n’est venu nous proposer de voter alors qu’on s’est tous enregistrés sur des listes. Ils n’ont pas besoin de nous», explique un responsable du camp, Soultan Tamboulatov. Sur les trois camps situés non loin de Nazran, seul celui de Karaboulak a bénéficié d’un bureau de vote. «Pour les caméras», soulignent les réfugiés. Pas surpris par l’élection de Vladimir Poutine, qu’ils estiment non démocratique, les Tchétchènes, réfugiés dans de tristes wagons après avoir fui les bombardements, n’en sont pas moins abattus par le score obtenu par celui-ci (plus de 52 % au premier tour). «Il a déclenché la guerre pour sa campagne électorale, il tue les Tchétchènes, et les Russes le soutiennent pour cela. On n’attend que du sang et des meurtres», déplore Rouslan Dadaïev, 32 ans. Vladimir Poutine a gagné sa popularité au rythme des victoires russes en Tchétchénie. Tous les Tchétchènes interrogés estiment qu’élu président, avec le titre de chef suprême de l’armée russe, il n’a aucune raison de mettre fin à «sa guerre» ni d’entamer des négociations avec le président tchétchène indépendantiste Aslan Maskhadov. Le Kremlin a encore exclu mardi dernier toute négociation avec les «bandits» tchétchènes, même si M. Poutine s’est dit prêt la veille «à entamer des négociations même avec (les combattants) pour régler les problèmes du territoire» par la voie pacifique. «C’est un meurtrier qui est arrivé au pouvoir. Ce qu’on peut attendre de lui, vous le savez vous-mêmes», lance Lidia Satoueva, 40 ans. «Ils détruisent les villes, tuent les civils dans les villages, ce n’est pas une opération antiterroriste mais un génocide. Les Tchétchènes ne peuvent rien espérer de Poutine. Il a atteint son but et il ne va pas s’arrêter. Il lui faut une Tchétchénie sans Tchétchènes», renchérit Apti Ibraguimov, 45 ans. Avant la présidentielle, M. Poutine avait indiqué que s’il était élu, une fois la guerre achevée, il pourrait «soumettre la Tchétchénie à l’autorité directe du président pour une période d’environ deux ans» en promettant de «rétablir la situation économique et montrer qu’il est possible d’y vivre correctement». Mais les Tchétchènes ne se représentent pas l’avenir. Le souvenir des maisons brûlées, la douleur pour les proches morts devant leurs yeux, sont trop forts. «Regardez comment je vis», lance Liouba Djabadova, 48 ans en montrant son seul bien, un vieux sac où elle a entreposé quelques affaires avant sa fuite. «Qu’est ce que je vais faire, reprendre la route pour Grozny où tout est détruit ? Où est-ce que je vais vivre, que vais-je manger ? Même ici (au camp) on ne nous aide pas. Je n’attends rien de rien. De Poutine, je ne connais que les bombes».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats De bouche en bouche, la même phrase circule. «Un meurtrier est au pouvoir», disent les réfugiés tchétchènes du camp de Severny au lendemain de l’élection à la présidence russe de Vladimir Poutine, dont ils n’attendent que bombes et massacres. Dans ce camp situé en Ingouchie, où les réfugiés vivent dans des wagons de chemin de fer, comme dans celui de Spoutnik, en contre-bas dans la vallée, les réfugiés n’ont de toutes façons pas eu leur mot à dire, ils n’ont pas voté. «Ni avant ni pendant le scrutin nous n’avons vu d’urnes, et personne n’est venu nous proposer de voter alors qu’on s’est tous enregistrés sur des listes. Ils n’ont pas besoin de nous», explique un responsable du camp, Soultan Tamboulatov. Sur les trois camps situés non loin de Nazran, seul celui de Karaboulak a bénéficié d’un...