Banquier «de naissance», Wadih Audi, propriétaire de la librairie Dédicace, a laissé tomber un destin tout tracé pour suivre sa «légende personnelle». Pour employer un terme de Paolo Coehlo, un auteur qu’il est en train de lire actuellement. Ce libraire, passionné de lecture, dévore les nouveautés à raison de trois romans en moyenne par semaine. C’est donc en connaissance de cause qu’il se montre très éclectique dans son palmarès personnel des ouvrages les plus intéressants. Faire parler Wadih Audi de livres est chose aisée. Intarissable sur le sujet, il pourrait en discuter des heures, citant un passage par-ci, une phrase par-là, résumant telle histoire qui l’a marqué… Le tout avec un enthousiasme communicatif. Ce grand lecteur qui a toujours une longueur d’avance sur les autres en matière de nouvelles parutions place – paradoxalement – les «classiques» au-dessus de tout. Et particulièrement les œuvres complètes de Dostoïevski. «Ce sont des chefs-d’œuvre d’écriture. Le chapitre “Le grand inquisiteur” des Frères Karamazov constitue, à mon avis, à lui seul, le sommet de la littérature mondiale. C’est le plus beau texte au monde». Cette histoire du Christ, qui revient sur terre au moment de l’inquisition et qui est tué une seconde fois, est une magnifique allégorie sur les dérives de l’Église. «La trame des “Frères Karamazov” reprend en quelque sorte l’histoire du monde. Et les portraits de personnages, dans lesquels chaque personne peut se retrouver, sont fabuleux». Wadih Audi éprouve régulièrement, «chaque deux ans», le besoin de relire les œuvres de Dostoïevski. «En fait, le plaisir de la “relecture” est plus fort que celui de la lecture», dit-il. «Face à une production littéraire décevante, on se rabat sur les “anciens”. Et là, on découvre qu’ils sont souvent d’une modernité incroyable. Mais cela ne veut pas dire que tous les auteurs contemporains ne sont pas bons», signale toutefois le libraire. «Il y en a d’excellents qui sont cependant noyés dans une production globalement banale». Relecture Il est des livres qui appellent une relecture à différentes étapes. Madame Bovary, par exemple, pour n’en citer qu’un parmi les préférés de «monsieur Dédicace». «On ne peut pas comprendre “Madame Bovary” à 15 ans. Il faut le lire en sachant ce qu’est une femme, une vie de province avec un mari ennuyeux, son besoin de briller dans les salons, de plaire, d’être courtisée et d’aller vers la consommation. La situation est moderne. Ce qui est génial dans ce roman, où l’héroïne meurt en laissant une fille, c’est que c’est un livre ouvert», indique-t-il. «En reprenant la dernière phrase du livre, de nombreux auteurs ont essayé de donner une suite à cette grande littérature. On peut citer “La fille de Madame Bovary”, de Raymond Jean, qui est vraiment splendide. Et qui prouve, s’il en est, qu’on ne peut pas créer si on n’a pas connu l’ancien». Enfant, les meilleurs amis de Wadih Audi «se trouvaient dans les livres». Aujourd’hui, il reste convaincu que «lire, c’est dialoguer intimement avec un auteur, qu’on n’aura peut-être jamais la chance de rencontrer un homme immense qui vous parle comme si vous étiez un de ses proches». C’est comme cette personne qui avait dit un jour : «Moi, je vais au Père-Lachaise pour y rencontrer de grands hommes que je n’aurais jamais eu l’occasion de connaître ailleurs. Là, ils me reçoivent immédiatement. Et je peux rester trois heures à discuter avec eux». Du plaisir de la lecture au désir d’écriture, il n’y a qu’un pas, que Wadih Audi hésite encore à franchir. «L’envie d’écrire ne doit pas bourgeonner avant de sentir qu’on est prêt. Aujourd’hui, il y a trop de livres publiés qui finissent au pilon. Pour réaliser ce désir, il faut être sûr que ce que l’on va écrire est suffisamment important, original. Il faut savoir écrire avec ses tripes et surtout ne pas essayer de plagier un autre écrivain». Pour Wadih Audi, un livre peut, sans aucun doute, bouleverser une existence. «Chaque livre répond à une exigence de vie. Cela peut être un besoin d’évasion, le partage d’une expérience vécue… Un roman peut présenter des solutions à des problèmes, offrir une thérapie à certaines névroses. Je trouve qu’on lit souvent dans les moments où l’on n’est pas bien. Quand tout va bien, on s’amuse à autre chose. Le livre c’est un peu comme la prière, on y a recours lorsqu’on a un besoin». Et de conclure : «En fin de compte, la lecture répond à un appel intérieur».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Banquier «de naissance», Wadih Audi, propriétaire de la librairie Dédicace, a laissé tomber un destin tout tracé pour suivre sa «légende personnelle». Pour employer un terme de Paolo Coehlo, un auteur qu’il est en train de lire actuellement. Ce libraire, passionné de lecture, dévore les nouveautés à raison de trois romans en moyenne par semaine. C’est donc en connaissance de cause qu’il se montre très éclectique dans son palmarès personnel des ouvrages les plus intéressants. Faire parler Wadih Audi de livres est chose aisée. Intarissable sur le sujet, il pourrait en discuter des heures, citant un passage par-ci, une phrase par-là, résumant telle histoire qui l’a marqué… Le tout avec un enthousiasme communicatif. Ce grand lecteur qui a toujours une longueur d’avance sur les autres en matière de nouvelles...