Dans la ville trois fois sainte de Jérusalem, les Israéliens se préparaient hier à accueillir avec respect mais sans enthousiasme le pape, tout en s’affairant à la célébration de la fête du Pourim. Jean-Paul II, qui doit arriver aujourd’hui mardi en Israël pour un pèlerinage jusqu’au 26 mars, qui le conduira aussi dans les territoires palestiniens, est le premier pape à fouler la Terre sainte depuis 36 ans et depuis l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et le Vatican, en 1994. Mais cette visite historique coïncide avec Pourim, une fête religieuse célébrant dans la joie, entre mardi et mercredi, le salut du peuple juif par la reine Esther. Bien que le plus important défilé du carnaval doive se dérouler comme chaque année à Tel-Aviv, les habitants de Jérusalem déambuleront dans les rues de la ville, et la police, sur les dents, est sur tous les fronts. «Ça s’annonce difficile, car il y a toujours des incidents lors des défilés de Pourim, mais on espère que tout se passera bien», explique Arbel Gigi, une jeune soldate de 19 ans. «On a déjà accusé les juifs d’avoir tué Jésus, il ne faudrait pas qu’on nous accuse de tuer le pape», ironise Zaev Wernick, propriétaire d’un petit restaurant dans le centre-ville. La sécurité sans précédent – plus importante que celle mise en place pour la visite du président américain Bill Clinton – n’a pourtant pas empêché le saccage de l’héliport de Jérusalem. Des membres du mouvement extrémiste antiarabe Kach, hostile à la venue du pape, sont soupçonnés d’en être les auteurs. Mais Jérusalem ne ressemblait pas encore à une ville en état de siège, et seuls les drapeaux jaune et blanc du Vatican dans les grandes artères rappellent cette visite historique. Les affiches du Saint-Père sont rares, si ce n’est dans les restaurants de la vieille ville où une pizzeria a même troqué son menu, habituellement installé à l’extérieur, pour une photo du pape. Plus visibles en revanche sont les enfants, déguisés et maquillés pour le carnaval, qui arpentent les rues en chantant. Les Israéliens semblaient en effet plus affairés à la préparation de Pourim que préoccupés par la visite du pape. Les réactions étaient parfois paradoxales, chacun espérant que le Saint-Père pourra donner un coup de pouce à la paix entre Israéliens et Arabes tout en avouant «ne rien attendre». «C’est un saint homme, nous le respectons à ce titre et c’est une bonne chose qu’il vienne en Israël, mais nous n’attendons rien», estime Zaev. Pour lui, le pèlerinage du pape n’est pas et ne doit pas être une affaire politique, en dépit des appels du pied à la fois israéliens et palestiniens. Les premiers espèrent que le Saint-Père exprimera ses regrets pour l’Holocauste et les seconds qu’il les confortera dans leur ambition de proclamer un État palestinien. «Il ne faudrait pas qu’il fasse de faux pas, dans un sens ou dans un autre», estime Zaev, même s’il juge cette visite importante pour les relations entre le Vatican et Israël. Pour Joseph Habache, un Arabe de confession chrétienne, cette visite est «importante pour les trois religions (chrétienne, judaïque et musulmane) car c’est un grand homme, mais ne parlons pas de politique». Benyamin Pacher, 22 ans, lui en revanche ne décolère pas. L’accord historique signé en février entre le Vatican et l’OLP, qui officialise les activités de l’Église catholique dans les territoires autonomes palestiniens, lui est resté en travers de la gorge. «C’est un voleur et un menteur, qu’il aille au diable!», fulmine-t-il.
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