Le scrutin général a marqué une poussée des mouvements nationalistes régionaux, qui ont toutefois perdu leur pouvoir d’appoint potentiel du parti dominant au plan national. Basques, Galiciens, Aragonais, Andalous et Canariens sont tous sortis renforcés de ce scrutin, malgré le raz-de-marée du Parti populaire (PP) du chef du gouvernement sortant José Maria Aznar qui a emporté 183 des 350 sièges au sein du nouveau Congrès des députés. Seul le plus important de ces partis nationalistes régionaux, Convergencia i Unio (CiU) du président de la région de Catalogne (Nord-Est) Jordi Pujol, a enregistré un revers, non seulement en cédant un député (15 contre 16 en 1996), mais surtout en perdant son rôle d’allié parlementaire incontournable. Depuis deux législatures, Jordi Pujol apportait la stabilité aux majorités relatives (socialiste de 1993 à 1996 et PP depuis 1996), en échange de concessions importantes aux intérêts de sa région. «Cela ne me plaît pas», commentait dimanche soir Jordi Pujol. «Nous ne sommes plus décisifs» et la majorité absolue du PP «nous enlève du poids», reconnaissait-il. «La Catalogne a un poids économique, social et politique très important en Espagne et continuera à l’avoir même si l’arithmétique ne joue plus en notre faveur», ajoutait le «vice-roi» d’Espagne comme le surnommaient ses détracteurs, qui peut se consoler en constatant que CiU est devenu la troisième force politique du pays avec l’effondrement de la coalition à majorité communiste Izquierda Unida (IU) qui passe de 21 à 8 élus. Dans la région voisine de Valence, les nationalistes ont également été «sortis» par la vague PP qui leur a fait perdre le seul élu dont disposaient les régionalistes d’Unio Valenciana (UV). Tous les autres mouvements nationalistes régionaux n’ont que des motifs de satisfaction. Le Parti nationaliste basque (PNV), au pouvoir au Pays basque (Nord), est passé de 5 à 7 élus, sans doute en partie grâce au mot d’ordre d’abstention lancé par les indépendantistes de la plate-forme électorale Euskal Herritarrok (EH), proche de l’organisation armée ETA, et du net recul des forces de gauche. En Andalousie (Sud), fief socialiste sérieusement écorné par le PP, les nationalistes du Partido Andalucista (PA) ont gagné un élu et font leur réapparition au Congrès des députés dont ils avaient été exclus en 1996. À l’autre bout du pays, en Galice (Nord-Ouest), le Bloc national galicien (BNG) progresse de 12,8 à 19,1 % des voix, mais le déferlement du PP ne lui permet de gagner qu’un seul élu. Avec 3 députés, le BNG ne parvient pas à son objectif de cinq élus, lui permettant de constituer un groupe parlementaire. Dans l’archipel des Canaries, il manque également un député au mouvement Coalicion Canaria (CC) pour pouvoir former un groupe. CC a progressé de 25,1 à 29,4 % des voix, mais là aussi c’est le PP qui emporte les sièges perdus par la gauche, tandis que CC doit se contenter de conserver ses 4 élus. Enfin, en Aragon (Nord-Est), c’est le chanteur-auteur-compositeur José Antonio Labordeta qui, au nom de la Chunta Aragonesista (CHA), a gagné le droit d’aller défendre à Madrid les intérêts de sa région.
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