Dans le camp de Bill Bradley, la fête avait un parfum d’adieux mardi soir à New York, à l’issue d’une série de primaires démocrates remportées haut la main par son rival Al Gore. Les centaines de supporteurs réunis à l’hôtel Sheraton, près de Time Square, ont acclamé Bill Bradley triomphalement, comme si de rien n’était, malgré les scores calamiteux qui s’accumulaient, de la Géorgie au Vermont. «Voilà un homme avec un cœur de champion et la vision d’un président», ont scandé les haut-parleurs lorsque le célèbre basketteur, star des Knicks de New York entre 1967 et 1977, s’est frayé un chemin jusqu’au podium, sous les applaudissements du public. Mais pour beaucoup l’ambiance avait tout d’un dernier tour d’honneur avant la retraite, qui devrait bien être annoncée dès aujourd’hui. La bataille était au bout du compte sans espoir. «Al Gore avait l’establishment du parti derrière lui, l’avantage d’être le vice-président», a relevé Scott Pedowitz, 20 ans, étudiant à l’université de Georgetown à Washington. «Le plus important pour moi, c’est le message que Bill Bradley a fait passer : plus d’enseignants, les armes hors des écoles, la réforme du financement des campagnes électorales», a-t-il détaillé. «Gore était tout simplement trop proche de Bill Clinton, et Bill Clinton trop populaire», a ajouté sans ambages un autre supporteur, Brian McGowan. «Je suis un peu déçu, c’est sûr. Nous offrions une alternative», a déploré Joe Wu, 23 ans. «Les gens préfèrent en fait le statu quo, ils ont peur du changement», avance-t-il comme explication ultime de la défaite. Dans l’entourage du candidat déchu, certains préfèrent souligner le suspense intense qui a entouré les primaires républicaines ces dernières semaines, avec le «phénomène» John McCain, et qui a éclipsé du même coup la bataille chez les démocrates. «Il y avait à chaque fois quatre ou cinq articles sur les républicains contre un sur les démocrates», a regretté Anthony Marcus, économiste, 39 ans. Pour Kate Nunlist, 55 ans, Bill Bradley aura surtout eu le «courage» de dénoncer les «inégalités raciales dans ce pays», le «privilège d’être blanc», dit-elle en montrant sa peau... blanche. «Gore n’est pas aussi expressif sur ce sujet», note-t-elle. «Mais soyons clair, Gore est un type bien, je vais voter pour lui», s’empresse-t-elle d’ajouter.
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