Au terme de l’exposition de photographies de Hussein Abdallah Beydoun au Cercle culturel de Tyr, Sami Karkaby livre la réflexion ci-dessous : La photographie en tant qu’œuvre d’expression ou d’art n’a point encore pénétré dans l’environnement intime de nos habitats. Celle plus formaliste, joliment encadrée ou classée dans un album, est soigneusement rangée, quelques fois oubliée. Nous avons eu la chance, il y a deux ans et sous le titre juillet, mois de la photo 1998, de découvrir le talent de photographes libanais, professionnels ou amateurs. L’an dernier à l’occasion du Salon du livre Lire en français, une exposition de photos grande dimension, œuvres de Samir Mohdad, ne pouvaient passer inaperçue. Le titre en était : Mes Arabies. Son auteur pour le justifier écrivait : «Mes Arabies n’existe pas dans le dictionnaire d’orthographe, ni dans aucun ouvrage de référence. C’est une appellation inventée pour satisfaire mon besoin d’écrivain en lumière. Cette lumière réfléchie sur les réalités de mon monde vient s’inscrire à l’envers dans ma mémoire visuelle...» Notre propos n’est pas d’analyser les travaux de Mohdad, mais de méditer sur cette approche personnelle de la photographie d’expression. Elle permet de découvrir l’homme confronté à sa vision personnelle de l’espace auquel il fait face et de la lecture qu’il en tire. Il s’agit ainsi d’apprendre à voir, de lire la photo et de réaliser le message qu’elle souhaite transmettre. La photo d’expression ne se limite pas au reportage, elle couvre aussi nombre de champs d’action. À Tyr, dans cette ville, dans ce port de pêche où la violence est quotidienne, il ne se passe pas de jour sans que la quiétude à laquelle elle aurait droit soit perturbée par les agressions israéliennes. Pourtant c’est bien là, au Cercle culturel de Tyr, face à la mer, que nous avons eu la chance d’admirer une exposition de photos dont le thème reste inhabituel. Loin du reportage de la misère humaine ou des conséquences désastreuses de la guerre qui secoue cette région, faisant abstraction de toute violence, le photographe s’est contenté de fixer les couchers de soleil en se jouant de la lumière. Hussein Abdallah Beydoun, âgé de 29 ans, est professeur de physique et de mathématiques. Il poursuit parallèlement des études de sciences politiques à l’université de Saïda. Dès son jeune âge, il s’adonne à la photographie. Il est membre de l’Association culturelle arabe séoudienne section photographique, de la Photographic Society of America et de la Fiap. Le Stage Gallery New York expose actuellement une des ses photographies. Hussein Beydoun met au service de la photographie ses connaissances mathématiques et bien entendu physiques. L’artifice qu’il concède à la prise de vue est l’accouplement du prisme à l’objectif. Le seul reproche que l’on pourrait lui faire est l’abus de cet instrument. Pourtant le résultat dans la cinquantaine de photographies qu’il donne à voir est quelques fois saisissant. Il pose la question du rapport du réel à sa représentation en créant des illusions en jouant sur la taille et le positionnement dans l’espace de son sujet. Comme nous l’avions déjà précisé, le thème principal de l’exposition est la lumière du coucher de soleil, d’où la conversation et son assimilation doublée d’images spatiales et temporelles. Le prisme qu’il a mis au point s’inspire de celui du physicien Wollaston. Il peut soit dévier et décomposer la lumière, soit dévier et doubler une prise de vue. Les deux images sont alors légèrement et symétriquement colorées. La déviation peut être symétrique ou asymétrique. Symétrique par rapport à un axe horizontal ou symétrique par rapport à un axe vertical. Asymétrique ou pli asymétrique, c’est-à-dire dont le plan axial est (volontairement) déjeté. Nous retrouvons ces effets dans nombre de ses photographies créant des illusions en faussant la réalité. L’approche mathématique est aussi présente dans le calcul de la focale. Ainsi, dans la photo où l’enfant est projeté au premier plan, la mise au point découle d’une estimation précise de l’ouverture et du temps de pose. Il est bien dommage que cette exposition soit passée inaperçue*, car malgré la modestie de la présentation, les données de base pour une approche méditative sur la lumière et la paix méritaient le déplacement. * Cercle culturel de Tyr du 17 au 20 février.
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