L’Inde a annoncé hier une augmentation massive de 28,2 % de ses dépenses de défense pour l’année à venir, la plus forte hausse du budget militaire indien jamais décidée. «Nous ne pouvons faire aucun compromis en matière de défense. Nous n’hésiterons devant aucun sacrifice pour protéger et défendre notre nation bien-aimée», a dit le ministre des Finances Yashwant Sinha en annonçant au Parlement le budget pour l’année fiscale 2000-2001. Un projet de budget qui se veut aussi ambitieux pour la croissance économique, avec une cible de plus de 7 % pour les dix prochaines années, et qui entend réduire un déficit budgétaire jugé inquiétant, notamment par un désengagement de l’État et une réduction des subventions publiques. Pour l’année fiscale qui débutera au 1er avril, les dépenses militaires doivent être augmentées de trois milliards de dollars, passant de 10,5 milliards de dollars à près de 13,5 milliards de dollars. Il s’agit de «la plus forte augmentation des dépenses de défense» jamais proposée en une seule année, a dit M. Sinha, soulignant que ce budget pourrait encore augmenter si nécessaire. L’Establishment militaire avait fait pression pour une forte hausse des dépenses après le conflit de l’été dernier au Cachemire indien, où l’armée indienne avait été surprise par l’intrusion de centaines de guérilleros musulmans venus du Pakistan voisin. Ce conflit, qui avait fait plus de 1 000 morts, avait exposé au grand jour les faiblesses du dispositif militaire indien dans la très haute montagne du Cachemire divisé, notamment pour les systèmes d’alerte, et la nécessité d’une modernisation de nombreux armements. Le Premier ministre Atal Behari Vajpayee a souligné qu’une telle hausse était nécessaire «pour raisons de sécurité». Le budget militaire indien stagnait depuis dix ans à 2,3 % du Produit intérieur brut, contre quelque 5 % pour le Pakistan et 7 % pour la Chine. L’armée de terre est la mieux lotie dans le prochain budget, avec une hausse de 543 millions de dollars à 6,7 milliards de dollars, devant l’armée de l’air (+ 403 millions, à 1,83 milliard) et la marine (+163 millions, à 939 millions). Une telle hausse du budget militaire indien ne peut qu’être très mal perçue au Pakistan alors que les relations entre les deux pays frères ennemis, puissances nucléaires depuis leurs tests atomiques de 1998, sont au plus bas en l’absence de tout dialogue depuis plus d’un an. Voulant entamer une «décennie du développement», M. Sinha s’est donné pour but 7 à 8 % de croissance par an pour les dix prochaines années, niveau minimum nécessaire pour un véritable décollage de l’économie de l’Inde, pays où plus d’un tiers du milliard d’habitants sont toujours sous le seuil de la pauvreté. L’Inde a connu une croissance de 5,9 % pour l’année fiscale 1999-2000, selon des chiffres provisoires publiés lundi, près de sa cible minimum de 6 %, mais en baisse par rapport aux 6,8 % enregistrés l’année précédente. Mais pour qu’il y ait accélération de la croissance, l’Inde doit combattre le déficit budgétaire, qui doit atteindre 5,6 % du Produit intérieur brut en 1999-2000, contre 4 % prévus, et même plus de 8,5 % si le déficit des différents États de l’union indienne est pris en compte. M. Sinha s’est donné pour cible 5,1 % en 2000-2001, ne voulant pas aller plus bas pour ne pas freiner la reprise économique en cours en augmentant trop les impôts.
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