Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe Alvaro Gil-Robles, de retour du Caucase du Nord, s’est montré peu critique à l’égard de Moscou sur la Tchétchénie malgré de nouvelles pressions des pays occidentaux et des organisations de défense des droits de l’homme. M. Gil-Robles, qui s’est rendu lundi à Grozny, la capitale tchétchène transformée en ville fantôme par des mois de bombardements intensifs, a fait part de sa «satisfaction» de voir «l’effort important des autorités russes» pour venir en aide à la population locale. Celle-ci tente de survivre dans des caves ou des appartements en grande partie détruits. «On commence à faire les choses indispensables», s’est félicité M. Gil-Robles alors qu’il visitait un hôpital de campagne mis en place par les Russes à Grozny. «Il était important de constater la réalité par moi-même», a commenté M. Gil-Robles qui s’est dit frappé par la détresse des réfugiés rencontrés la veille dans un camp d’Ingouchie, une république russe frontalière de la Tchétchénie. «Ils m’ont raconté leur drame personnel, ils ont tout perdu», a-t-il expliqué, estimant que le peuple tchétchène avait été victime d’une «destruction physique et morale». L’équipe du représentant du Kremlin pour les droits de l’homme en Tchétchénie Vladimir Kalamanov «recueille actuellement les plaintes des civils» et «contribuera à trouver une entente» entre Russes et Tchétchènes, a-t-il assuré mardi, cité par l’agence Itar-Tass. L’organisation humanitaire Amnesty International avait appelé lundi soir le Conseil de l’Europe à «donner un signal clair à la Russie» afin de lui signifier que cette «visite n’était pas purement symbolique et que des violations graves des droits de l’homme ne seraient pas tolérées». La visite du commissaire du Conseil de l’Europe dans les ruines de Grozny est intervenue au moment où les pays occidentaux et des organisations internationales renouvelaient leurs critiques à l’égard de Moscou et demandaient une enquête sur les allégations de violations des droits de l’homme. Le président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Mme Benita Ferrero-Waldner, a déploré lundi à Vienne «la tragédie humaine» en Tchétchénie et annoncé un déplacement dans la région, affirmant avoir «de profondes inquiétudes au sujet des réfugiés». Vendredi dernier, les États-Unis ont réclamé que Moscou accorde un accès sans restrictions aux organismes internationaux appropriés, tandis que le Canada, l’Allemagne et l’Union européenne ont exhorté le pouvoir russe à accepter l’ouverture d’enquêtes sur le terrain. La communauté internationale estime que les autorités russes ne font pas assez d’efforts pour prévenir ou sanctionner les exactions commises par les militaires russes et dénoncées par les Tchétchènes. Au terme de son voyage dans le Caucase, M. Gil-Robles a indiqué être «satisfait de la collaboration des autorités russes». «J’ai fait tout ce que j’avais demandé», a-t-il assuré. Le commissaire aux droits de l’homme a ajouté qu’une mission de la commission des tortures du Conseil de l’Europe se chargeait de visiter le centre de détention provisoire de Tchernokozovo, appelé «camp de filtration» par les Tchétchènes qui accusent les Russes de s’y livrer à des tortures. Ce centre, manifestement remis en état récemment, a été ouvert lundi à la presse étrangère qui n’a pu recueillir aucune preuve d’exaction. Le Conseil de l’Europe avait renoncé fin janvier à sanctionner la Russie, lui accordant un délai jusqu’en avril «pour faire des progrès» en matière de droits de l’homme en Tchétchénie.
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