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Actualités - Reportages

Festival al-Bustan Vitaly Samoshko : une envoûtante prestation

Premiers accords somptueux du clavier en solo au 7e Festival d’al-Bustan grâce à un jeune talent ukrainien formé au Conservatoire de Kharkov et lauréat (Premier prix) du concours reine Elizabeth de Belgique l’an dernier. Présenté par Abdel Rahman el-Bacha, venu aussi l’applaudir, le jeune pianiste a offert aux mordus des touches d’ivoire un menu alliant des partitions d’un fiévreux romantisme et des pages d’une éblouissante virtuosité. Se sont succédé les compositions de Schubert, Beethoven, Chopin, Rachmaninoff, Scriabine et Prokofiev. Ouverture en demi-teintes avec la sonate no 5 de Schubert. Œuvre de jeunesse, certes, mais contenant déjà toute la lumière, la tourmente, les revirements et la sérénité de l’auteur du Roi des Aulnes. Exprimant en douce une pieuse résignation, sans cri de révolte ou de désespoir, cette narration garde une incroyable pudeur de sentiments. Comme un évident contraste, enchaînant avec la puissante sonate no 31 (op 110) de Beethoven, la résonance tumultueuse de la vie conflictuelle du maître de Bonn a éclaté en mille accords impétueux, tempérés toutefois par de surprenantes accalmies et des moments d’une soyeuse rêverie. On retrouve là un mélange de styles, où la fugue, les variations et un lyrisme presque retenu fusionnent harmonieusement. Pour terminer la première partie de ce programme jusque-là sans aucune démonstration de bravoure, un périlleux et ardu Scherzo (no 1 en B min op 20) de Chopin. Dédiée à Thomas Albrecht, un des amis les plus intimes du prince du clavier, cette œuvre tourmentée et poignante, mais habitée également par une force secrète, porte aussi le titre de Banquet infernal. Mêlant les accents tragiques et désespérés à une paisible berceuse, elle tente une conciliation difficile et demeure sans doute l’expression vibrante d’un certain patriotisme. Il est dit que ce scherzo, écrit en 1831, est le fruit d’un généreux et poignant élan de patriotisme, car Chopin se trouvait à Stuttgart lorsque, le 8 septembre 1831, se produit la chute de Varsovie investie par les Russes. En préambule à cette œuvre torturée mais quêtant aussi la paix intérieure, on retrouve ces lignes dans le journal du pèlerin polonais : «Et moi je demeure ici les mains vides. Parfois je gémis, je souffle, je désespère de mon piano ! Dieu ébranle la terre pour qu’elle puisse dévorer l’humanité de ce siècle». Et ce scherzo, roulant (à tombeau ouvert) ses premiers accords telle une toupie folle, en ces notes solaires, incendiaires, est la transcription de ce bouillonnement de sentiments confus, contradictoires, parfois difficilement explicables : l’exil, la révolte, la défaite, la solitude et cette dévorante nostalgie. Performance hypnotique Après l’entracte, retour aux sources russes avec les études tableaux op 3 (no 1 et 2) de Serge Rachmaninoff. Brillantes, brèves, d’une virtuosité à couper le souffle, d’une technique pianistique redoutable, ces œuvres révèlent la sensibilité d’un pianiste hors pair. A pris le relais, dans un registre absolument digne de cette saisissante maestria et bravoure, la sonate no 5 op 53 de Scriabine. Influencé par Chopin, Scriabine se lance ici dans une narration différente et adopte un style flamboyant en dépit d’une écriture accordant emphase et vigueur à la monodie. Lyrisme torrentiel aux stridences mesurées qui, tout en s’attachant par ses arpèges et ses chromatismes à l’aspect échevelé des romantiques, s’affranchit avec courage et détermination des traditions du passé. Pour terminer, toujours dans le sillage des russes innovateurs, voilà la sonate no 7 op 83 de Prokofiev. Trois mouvements (Allegro inquieto-Andante caloroso-Precipitato) pour dire la fougue et la vitalité slaves à qui le jeune pianiste prête toute la (dé)mesure d’un talent immense, envoûtant. Imprégnée encore de son séjour à Moscou, cette narration pour clavier, la plus connue de ses neufs sonates pour piano (lui qui a beaucoup écrit pour cet instrument !), demeure sans conteste un admirable mélange où l’angoisse est perçue à travers ces notes en pointes aigues et la colère à travers ces martèlements saccadés et marqués. Vertigineuse vélocité pour traduire ce foisonnement de sentiments complexes qui n’exclut toutefois pas les moments d’un lyrisme presque majestueux. Vitaly Samoshko a littéralement conquis une salle receptive et recueillie (même, ô miracle des concerts à la libanaise, la sonnerie des cellulaires n’a presque pas retenti !) par une performance quasi hypnotique où, dans un jeu maîtrisé, d’un calme olympien, rien n’a manqué : qualité communicative du toucher, sensibilité, précision, mesure, pondération, une étonnante vitalité et surtout la touchante fougue de la jeunesse. En bis, après une pluie diluvienne d’applaudissements, en toute simplicité et sans effets de clavier à la russe, Vitaly Samoshko a offert la plus subtile et suave mélodie d’un Scriabine d’une extrême douceur dans son inspiration et immatériel dans sa formulation. Un vrai bonheur.
Premiers accords somptueux du clavier en solo au 7e Festival d’al-Bustan grâce à un jeune talent ukrainien formé au Conservatoire de Kharkov et lauréat (Premier prix) du concours reine Elizabeth de Belgique l’an dernier. Présenté par Abdel Rahman el-Bacha, venu aussi l’applaudir, le jeune pianiste a offert aux mordus des touches d’ivoire un menu alliant des partitions d’un fiévreux romantisme et des pages d’une éblouissante virtuosité. Se sont succédé les compositions de Schubert, Beethoven, Chopin, Rachmaninoff, Scriabine et Prokofiev. Ouverture en demi-teintes avec la sonate no 5 de Schubert. Œuvre de jeunesse, certes, mais contenant déjà toute la lumière, la tourmente, les revirements et la sérénité de l’auteur du Roi des Aulnes. Exprimant en douce une pieuse résignation, sans cri de révolte ou de...