Les moines du monastère orthodoxe de Sainte-Catherine soupçonnent Jean-Paul II de vouloir imposer le catholicisme en religion dominante de la chrétienté. La visite, la première jamais effectuée par un pape de l’église romaine à ce monastère fondé en 527 au pied du mont Sinaï, provoque en effet tensions et suspicions parmi les 24 moines de différentes nationalités du couvent de rite grec-byzantin. À Sainte-Catherine, une poignée de catholiques sont venus du Caire peindre des portraits géants de Jean-Paul II et construire une scène où le souverain pontife présidera une liturgie, à l’extérieur du monastère. Mais, mis à part ces initiatives, qui sont le fait de fidèles étrangers au couvent, bien peu de préparatifs sont visibles au sein de la communauté. «Nous pensons que la visite du pape a deux objectifs», a déclaré l’archevêque Damianos. «Premièrement, il a sincèrement l’intention de venir en simple pèlerin, car c’est un homme très pieux. Mais il y a également l’impression qu’il s’agit de montrer au monde qu’il est ici le chef de tous les chrétiens», a déclaré le prélat, analysant l’initiative du Vatican comme une tentative de «globalisation» de la religion. La communauté monastique a refusé une demande du pape d’organiser une réunion œcuménique entre catholiques et orthodoxes, dans le monastère, lorsque la visite avait été envisagée il y a plusieurs années, a déclaré l’archevêque, insistant sur la nécessité de préserver le caractère spécifiquement orthodoxe du couvent. «Le problème n’est pas que nous ne voulons pas qu’il vienne. Nous disons: Vous pouvez prier, mais pas dans le monastère», a-t-il déclaré, ajoutant que les moines craignent que les médias donnent «l’impression fausse que les Églises orthodoxe et catholique sont unies». D’autres moines se montrent nettement moins accueillants. Ainsi, le père Neilos, originaire de Plymouth, en Grande-Bretagne, qui soupçonne le Vatican de tenter de phagocyter les autres Églises chrétiennes, et qui affirme que cette visite constitue un «scandale pour le monde orthodoxe». «Mais pour nous, c’est difficile de dire non, puisque nous sommes des étrangers, dans un pays étranger», a-t-il ajouté. Un moine orthodoxe venu d’un autre couvent, et qui a requis l’anonymat, a déclaré que pour lui Jean-Paul II est un «hérétique» et que cette visite à Sainte-Catherine est quelque chose d’«épouvantable». L’afflux toujours croissant des touristes qui empruntent les étroits couloirs du monastère pour venir voir le Buisson ardent, par l’intermédiaire duquel Dieu s’est adressé à Moïse, crée déjà un «grand chahut» peu propice au recueillement, explique le père Paulos, le jardinier du couvent. «Cet endroit doit rester silencieux et désert», a-t-il ajouté, expliquant que les moines se sont opposés à un projet du gouvernement de construire un téléphérique pour atteindre le sommet du mont Sinaï. La bibliothèque du monastère est équipée d’ordinateurs et elle s’est reliée à Internet, pour correspondre avec des étudiants et théologiens du monde entier, mais Sainte-Catherine n’a toujours pas de machines à laver et reste très isolée, explique le père Justin, originaire du Texas. «Nous sommes partagés entre la volonté de conserver la paix à l’intérieur du monastère et le désir de nous montrer accueillants envers les touristes. La tension est la même à propos de la visite du pape», ajoute-t-il, précisant que s’il n’est pas autorisé à prier dans le monastère, Jean-Paul II pourra tout de même se recueillir devant les reliques, lors de sa visite.
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