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Actualités - Chronologie

Un gigantesque duty free shop

Du côté britannique on l’appelle «The Border», la frontière. Côté espagnol c’est «la verja», la grille noire en fer forgé. Elle sépare l’Espagne de Gibraltar, la dernière colonie d’Europe qui, du haut de son Rocher de 420 mètres, domine le détroit reliant l’Atlantique à la Méditerranée, le nord de l’Afrique et le sud de l’Europe. Elle marque aussi la limite d’un territoire étonnant où ses 30 000 habitants, les «llanitos», ont appris à vivre en autarcie, coupés du reste du continent pendant seize ans après la fermeture de «la grille» par le dictateur Francisco Franco en 1969. Depuis, Madrid a entrouvert la frontière. Mais, par de sévères contrôles de police, l’Espagne maintient une pression insupportable pour les Gibraltariens comme pour les Espagnols très dépendants de la florissante économie de ce «paradis fiscal» : près de 4 000 frontaliers andalous font chaque jour l’aller-retour pour travailler dans les hôtels, les boutiques, les restaurants de Gibraltar. Madrid cherche par tous les moyens à récupérer ce territoire abandonné aux Anglais il y a près de 300 ans : blocus, pressions diplomatiques, dénonciations de contrebande et de blanchiment d’argent. Mais rien n’y fait. Dès l’entrée à Gibraltar, le ton est donné : «Gibraltar regrette les ennuis causés par les restrictions imposées par les autorités espagnoles qui vont à l’encontre des droits de libre passage de l’Union européenne», avertit une pancarte en français, en anglais, en espagnol, en allemand. Contrôles de police exaspérants Les contrôles de police sont exaspérants pour un territoire qui tire 30 % de ses revenus du tourisme. Les meilleurs jours, il faut compter 45 minutes à une heure de queue pour sortir de Gibraltar en voiture. Cette attente était de six heures il y a un an lors d’une recrudescence de la crise entre Madrid et Gibraltar. Depuis, les Gibraltariens se sont organisés : un téléphone (42 777) indique 24 heures sur 24 la durée de la queue et un site Internet (www.frontier.gibnet.gi) donne des images réactualisées toutes les minutes des files de voitures prises par quatre appareils photo dont un a été masqué par les Espagnols. Cette frontière est aussi celle des trafics en tout genre avec Gibraltar où les marchandises sont exemptées de TVA. Les «matuteras» (contrebandières) font des aller-retour incessants pour introduire en Espagne du tabac détaxé, 70 % moins cher. L’essence est 15 à 20 % moins chère et les Espagnols se bousculent pour s’approvisionner en carburant dont 90 % viennent pourtant d’Espagne, de la compagnie Cepsa. Main Street, l’axe piétonnier qui traverse le Rocher, est un «gigantesque duty free shop», comme le vice-président espagnol Francisco Alvarez Cascos a qualifié un jour Gibraltar. Les unes à côté des autres s’alignent, toutes semblables, des boutiques d’alcools, de tabacs, d’appareils photo, de confection, de bijoux tenus par des Indiens et des Gibraltariens de souche plus ancienne comme les Stagnetto ou les Caruana, d’origine maltaise, parents du premier ministre local. Les pubs alternent avec les fish and chips mais aussi avec des bars à «tapas» espagnols tandis que les passants s’interpellent dans un mélange d’anglais et de castillan au fort accent andalou. La foule est tout aussi mêlée : les touristes, généralement venus en cars pour la journée de la Costa del Sol espagnole, côtoient les banquiers en costumes bleu-marine à fines rayures, comme dans la City, les employés de bureaux mais aussi les fatmas marocaines en djellabas et au visage voilé. Près de 3 500 Marocains résident à Gibraltar où l’Arabie séoudite vient de construire une mosquée à l’extrême sud du Rocher, face aux côtes marocaines. Et, comme à Londres, les célèbres «bobbies», à l’uniforme impeccable, assurent la circulation. Mais les voitures roulent à droite.
Du côté britannique on l’appelle «The Border», la frontière. Côté espagnol c’est «la verja», la grille noire en fer forgé. Elle sépare l’Espagne de Gibraltar, la dernière colonie d’Europe qui, du haut de son Rocher de 420 mètres, domine le détroit reliant l’Atlantique à la Méditerranée, le nord de l’Afrique et le sud de l’Europe. Elle marque aussi la limite d’un territoire étonnant où ses 30 000 habitants, les «llanitos», ont appris à vivre en autarcie, coupés du reste du continent pendant seize ans après la fermeture de «la grille» par le dictateur Francisco Franco en 1969. Depuis, Madrid a entrouvert la frontière. Mais, par de sévères contrôles de police, l’Espagne maintient une pression insupportable pour les Gibraltariens comme pour les Espagnols très dépendants de la florissante...