La candidature de Rochanak «Siassi» («politique» en persan), 30 ans, la plus jeune des 424 candidates iraniennes aux élections législatives de demain, constitue la surprise de la campagne à Racht (nord), près de la mer Caspienne. Pour trois sièges, dans cette ville traditionnellement considérée comme le «pouls politique» de l’Iran, la principale du nord du pays, ils sont 97 concurrents. Parmi eux, pas moins de 20 femmes, un record historique absolu. Rochanak Siassi, ingénieur chimiste, ne faisait pas à l’origine figure de candidate crédible. En trois jours, elle a retourné la situation. Elle peut désormais espérer siéger au Majlis (Parlement). Du matin au soir, la candidate du Kargozaran, formation modérée qui soutient sur le plan national l’ancien président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, arpente les rues et les banlieues de la ville. La population voit d’un bon œil la candidature d’une «Rachtie», la ville étant très ouverte sur le plan culturel et liée historiquement à l’Europe, en particulier à la Russie. Nul ne semble faire grief à Rochanak d’avoir passé l’essentiel de sa vie à Téhéran. Mardi, lors d’une réunion publique dans un grand hôtel de la Racht, la jeune femme, d’aspect frêle, a brièvement pris la parole d’une voix posée, et fermement défendu le rôle des femmes en politique. Elle a aussi remercié une personnalité féminine de la politique nationale, Faezeh Hachémi, fille de l’ancien président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, pour la première fois en déplacement en province afin de soutenir une candidate. Dans les permanences de ses amis politiques, Mme Siassi n’a guère le temps de rester et la voiture à sa disposition se fraie difficilement un chemin parmi la foule. Mais son sourire éclatant et la promesse d’un rendez-vous ultérieur avec la candidate apaisent les électeurs. Règle islamique oblige, elle ne serre pas la main des hommes, fussent-ils ses partisans. Mais elle leur adresse quelques mots rassurants. Mariée depuis peu, une condition pour se présenter aux élections, Rochanak parle peu de sa vie de famille: «Mon mari ne fait pas de politique. Mais il est très heureux que j’en fasse», assure-t-elle. Femme de caractère, elle ne se soumet pas facilement aux états-majors. Au Kargozaran, Mme «politique» appartient clairement à la tendance de gauche. Elle est intervenue pour obtenir la grâce de trois étudiants condamnés à mort après les émeutes de juillet à Téhéran. «Les femmes doivent prendre leur place en politique. Je me suis engagée parce que j’aime la politique et je veux le développement économique de la région. Nous souffrons de trois handicaps : la monoculture du riz, alors que l’agriculture était dans le passé très diversifiée, le manque d’industrialisation, et les effets de la pollution de la Caspienne. Il y a aussi la question de l’eau potable», souligne Mme Siassi. «Rochanak Siassi est la surprise de cette campagne. Elle dégage une force. Mais le climat politique est tendu à Racht. Personne ne peut faire de prédiction», estime le journaliste politique rachti Ali Anjamrouz. «Ce qui est presque sûr, c’est que tout se jouera au second tour. Ce sera alors très ouvert», ajoute-t-il. Pour être élu au premier tour, un candidat doit recueillir 25 % des voix. Les candidats qui se maintiendront au second tour, soit au moins deux fois plus que de sièges restant à pourvoir, seront départagés à la majorité relative.
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