Deux détournements d’avion en moins de deux mois posent un problème supplémentaire au régime afghan des taliban, toujours à la recherche d’une amélioration de leur image et d’une reconnaissance internationale. Les dirigeants taliban ont été prompts à remercier les autorités britanniques jeudi dernier après le dénouement heureux sur l’aéroport londonien de Stansted du détournement de l’avion de la compagnie afghane Ariana. «Nous sommes reconnaissants au gouvernement britannique d’avoir conduit le détournement à un dénouement pacifique, sans effusion de sang et qui a sauvé la vie des otages», a affirmé le mollah Mohammed Omar, le chef suprême des «étudiants en théologie» dans une déclaration diffusée par l’agence Afghan Islamic Press (AIP). Mais auparavant, le ministre de l’Aviation civile Akhtar Mohammed Mansoor a réclamé à Kaboul un «châtiment exemplaire» pour les auteurs du détournement, «sinon d’autres seront encouragés à mener des actions aussi détestables». Toutefois, cette crise n’arrange pas les affaires des taliban qui livrent toujours une difficile – et jusqu’à présent infructueuse – bataille pour que leur régime soit reconnu par la communauté internationale. «Les taliban conduisent actuellement un processus de changement. Il y a un certain mouvement, une certaine ouverture», a admis un diplomate occidental basé à Islamabad. «C’est une évolution nécessaire, mais difficile. L’ouverture a des conséquences, y compris au plan politique», a ajouté le diplomate. Les taliban, issus des madrassas (écoles coraniques) du Pakistan et du sud de l’Afghanistan, il y a six ans, ont capturé Kaboul en septembre 1996 et contrôlent désormais environ 80 % du pays. Ils ne sont pourtant reconnus que par le Pakistan, l’Arabie séoudite et les Émirats arabes unis tandis que le régime renversé du président Burhanuddine Rabbani est toujours reconnu par de nombreux pays et les Nations unies. Il y a sept semaines, cinq militants islamistes ont détourné pendant une semaine sur Kandahar, où se trouve le quartier général de la milice dans le sud de l’Afghanistan, un appareil d’Indian Airlines avec 160 personnes à bord. Les pirates ont relâché tous les otages et rendu l’avion, mais sont demeurés impunis en disparaissant dans le désert afghan après avoir obtenu la libération par New Delhi de combattants séparatistes cachemiris. Bien que des diplomates étrangers se soient félicités de la manière dont les taliban avaient géré cette crise, ces derniers ont été interpellés sur la liberté laissée aux pirates de l’air. Toutefois, les taliban ont tenté d’obtenir une percée diplomatique qui n’a porté que peu de fruits à l’occasion du détournement de Kandahar. Le ministre des Affaires étrangères, Wakil Ahmad Mutawakil, manifestement désireux de montrer une image plus ouverte de son régime, a été très présent pendant toute la crise du détournement de l’appareil d’Indian Airlines en ne négligeant aucun contact avec les diplomates de pays ne reconnaissant pas le régime qui se trouvait à l’aéroport. L’adjoint de Mutawakil, le vice-ministre Abdurrahman Zahed a entrepris ensuite une tournée en Europe qui l’a conduit en Suisse, en Allemagne et en France. «Ils essaient de s’ouvrir à l’ouest mais, bien sûr, il y a toujours la question des droits de l’homme et du traitement qu’ils infligent aux femmes», a ajouté le diplomate. Les taliban ont imposé dans les zones sous leur contrôle une interprétation ultrastricte de la charia (loi coranique) qui a eu pour effet d’interdire le travail et l’éducation des femmes. La fin du détournement de l’avion d’Ariana intervient alors que le nouveau représentant des Nations unies pour l’Afghanistan effectue sa première visite à Kaboul. M. Francesc Vendrell a affirmé qu’il n’avait pas de plan de paix pour le pays, ravagé par plus de 20 ans de guerre. «J’essaie de me faire ma propre opinion sur la situation et après je pourrai formuler quelques idées», a-t-il dit aux journalistes.
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