Un des mécanismes de la reproduction des parasites du paludisme vient d’être élucidé par une équipe de chercheurs français et britanniques, qui espère ainsi ouvrir une toute nouvelle voie de recherche contre la malaria. Schématiquement, les travaux des deux biologistes, Richard Paul et Anna Raibaud, de l’Institut Pasteur de Paris, et des chercheurs de l’Institut de zoologie de Londres, publiés dans la revue américaine Science, montrent que la fabrication des globules rouges par l’homme infecté sert de signal d’alarme au parasite qui se met alors à produire plus de cellules mâles pour pouvoir assurer sa reproduction. La fabrication des globules rouges annonce en effet au parasite que le système immunitaire de l’homme (ou de l’animal infecté) est en train de se mettre en branle, qu’il réagit à sa présence et va tenter de l’éliminer. Cette compréhension de la manière dont les cellules se déterminent sexuellement fait rêver les scientifiques, qui espèrent trouver un mécanisme capable de bloquer cette transformation, et donc l’infectiosité du parasite. «Nous en sommes encore très loin, mais s’il est possible de pousser le parasite à produire des cellules 100% mâles ou 100% femelles, il deviendrait alors inopérant», a expliqué le chercheur Richard Paul. C’est la prédominance, jusqu’à présent mystérieuse, de ces cellules femelles sur les cellules mâles qui a attiré l’attention des scientifiques. «Au tout début de l’infection, il y a jusqu’à huit fois plus de cellules femelles mais, au fur et à mesure que le temps passe, cette proportion se modifie et les cellules mâles deviennent finalement presque aussi nombreuses que les cellules femelles», rappelle le biologiste. Pour vérifier le rôle direct de la fabrication de globules rouges sur le choix du sexe, les chercheurs ont suivi l’évolution du parasite pendant toute la durée de l’infection. Ils ont aussi provoqué artificiellement la formation de globules rouges chez des poulets, au tout début de l’infection. En démontrant ainsi que les mécanismes de la détermination du sexe des parasites du paludisme résultent d’une adaptation à l’environnement, les chercheurs ouvrent une voie totalement nouvelle de recherche, note l’Institut Pasteur. Dans le monde, une personne meurt du paludisme toutes les 12 secondes et, très souvent, la victime est un enfant. Cette maladie, longtemps premier «tueur» de la planète, frappe actuellement de 300 à 500 millions de personnes, et en tue chaque année entre 1,5 et 2,7 millions, neuf fois sur dix en Afrique. Il n’existe toujours pas de vaccin et la résistance aux médicaments disponibles est devenue un grave sujet de préoccupation dans de nombreux pays. Aussi appelé malaria («mauvais air», en italien), en raison de sa prédominance dans les régions humides et marécageuses, le paludisme est la plus répandue des maladies tropicales. Produite par un protozoaire parasite du sang, Plasmodium falciparum, elle est transmise par un moustique femelle. La maladie se manifeste par des accès de fièvre intermittente, s’accompagnant d’anémie ou d’une altération de l’état général. En mortalité, le paludisme a été récemment rattrapé par le sida. En revanche, en investissements de recherche, il «pèse» mille à dix mille fois moins que cette maladie.
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