Un «ministre» de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani a accusé hier l’Onu d’être responsable de la dégradation de la situation humanitaire dans le Kurdistan irakien. «Plus de 50 % des fonds destinés au Kurdistan (irakien) sont toujours bloqués (…) et moins de 50 % des projets humanitaires ont été réalisés dans l’ensemble des provinces kurdes», a déclaré le «ministre des Aides humanitaires» de l’UPK, Jamal Fouad. Selon lui, l’UPK «avait demandé l’année dernière à l’Onu le forage de puits artésiens en raison de la sécheresse qui sévit au Kurdistan. Mais au bout d’un an, ils (l’Onu) n’ont creusé que six puits seulement». «Nous avons alors sollicité l’assistance d’une firme iranienne qui a pu forer trente puits en l’espace de deux mois», a ajouté M. Fouad, interrogé à l’occasion des élections municipales qui se sont déroulées jeudi, pour la première fois depuis 1992, dans des zones échappant au contrôle de Bagdad. Il a aussi regretté la lenteur des opérations de déminage dans le Kurdistan. «Trente ingénieurs et employés de l’Onu ont neutralisé 35 mines en 11 mois, soit une moyenne d’une mine tous les dix jours», a expliqué M. Fouad. Selon lui, «22 millions de mines» sont enfouies dans le sol du Kurdistan, le long de la frontière avec l’Iran, où la concentration des mines est parmi les plus élevées au monde. Le déminage du nord de l’Irak est supervisé par l’Onu depuis fin 1997 dans le cadre du programme pétrole contre nourriture qui autorise Bagdad à vendre du pétrole pour soulager sa population, frappée par neuf ans d’embargo. Énumérant encore ses griefs contre l’Onu, M. Fouad a déploré que la résolution 1284 du Conseil de sécurité «ne fait aucune mention des Kurdes du nord de l’Irak, comme si la cause kurde ne méritait pas une attention particulière». Il a indiqué que chaque phase du programme pétrole contre nourriture consacrait entre 800 et 900 millions de dollars au Kurdistan, «mais il n’est pas clair si ces aides sont toujours prévues par la nouvelle résolution». La résolution 1284, adoptée en décembre, prévoit que si l’Irak coopère pleinement avec le nouvel organisme chargé de son désarmement, l’Unmovic, l’Onu pourra suspendre l’embargo. Bagdad l’a critiquée mais sans la rejeter. M. Fouad a aussi regretté une baisse du nombre des ONG opérant au Kurdistan, passées selon lui «de 100 à 10 ONG seulement» après l’entrée en vigueur fin 1996 du programme pétrole contre nourriture. Interrogé, le représentant de l’Onu pour l’Aide humanitaire au Kurdistan, l’Indien Sidd Karth Shatterjee, a estimé que «certaines critiques formulées à l’encontre de l’Onu sont injustes, car c’est parfois hors de notre portée». L’UPK et le Parti démocratique du Kurdistan (PKD) se partagent le contrôle du nord de l’Irak depuis que cette région a échappé à l’autorité de Bagdad, après la guerre du Golfe en 1991 et avaient formé un gouvernement non reconnu internationalement, à l’issue d’élections législatives en 1992. Des combats ont ensuite opposé les deux partis, faisant plus de 3 000 morts. En conséquence, chacune des deux formations a proclamé en 1996 son propre «gouvernement». Fin octobre 1999, l’UPK et le PDK s’étaient entendus sur des mesures de normalisation, et aucun accrochage ne les a opposés. Mais l’accord n’a pas été suivi d’effet, chaque partie accusant l’autre de ne pas vouloir l’appliquer.
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