Les délégués de 138 pays, réunis à la Conférence de Montréal sur la biodiversité, ont intensifié leurs efforts diplomatiques pour dégager des compromis sur la définition d’un protocole avant l’arrivée dans la soirée de 47 ministres de l’Environnement. Ce protocole, sur lequel un accord est attendu d’ici vendredi, vise à prémunir contre les risques éventuels des exportations d’organismes vivants génétiquement modifiés, en permettant à tout pays de décider en connaissance de cause. Les États-Unis ont donné un nouveau signe de leur volonté d’aboutir en envoyant à Montréal un représentant gouvernemental d’un niveau supérieur, leur sous-secrétaire d’État aux Affaires mondiales Franck Loy. La veille, le Canada avait fait de même en annonçant la venue imprévue de son ministre de l’Environnement David Anderson. Les États-Unis, le Canada et les autres grands exportateurs de plantes génétiquement modifiées, réunis dans le Groupe de Miami, avaient fait capoter les premières négociations sur la biosécurité, tenues en février 1999 à Carthagène en Colombie. Le président de la session, le ministre colombien de l’Environnement Juan Mayr Maldonado, s’est dit «très optimiste» et a expliqué avoir concentré les négociations sur deux points litigieux, le type d’OGM concernés et le traitement à réserver aux produits agricoles de base. «Je suis sûr que l’arrivée de mes collègues ministres aidera, notamment au dernier moment, à une prise de décision politique», a-t-il lancé. De son côté, la délégation américaine a estimé que l’arrivée de M. Loy «contribuera à une issue favorable». Sur le fond, un texte de compromis circule sur le traitement à réserver aux produits agricoles de base autre que les semences. Il prévoit une large obligation d’information sur les produits en cause, au sein d’une vaste banque de données sur Internet. Il permet aussi à chaque pays de garder son propre système de contrôle et n’implique aucun accord tacite d’importation pour les pays sans réglementation. Ce texte représenterait une importante concession du Groupe de Miami, qui avait refusé à Carthagène que le protocole vise ces produits, de peur qu’il n’entrave leur commerce. Selon le chef de la délégation canadienne, Richard Ballhorn, le protocole exclura probablement de son champ d’application les produits pharmaceutiques (vaccins et bactéries génétiquement modifiés). Si ce point rassurera Européens et Américains, qui ont une énorme industrie pharmaceutique, il représenterait une concession significative du Groupe des pays en développement, attaché à un protocole le plus large possible. Le dernier point en discussion, politiquement le plus sensible, est celui de la valeur juridique de l’accord face aux règles commerciales de l’OMC. Une formule de compromis pourrait indiquer que «le protocole a une valeur égale aux autres accords internationaux», ce que les États-Unis se sont dits prêts à accepter.
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