Les retrouvailles manquées des grands-mères d’Elian avec leur petit-fils à Miami reflètent la profondeur de l’antagonisme et de la méfiance qui déchire les familles cubaines séparées depuis près de 40 ans par le détroit de Floride. Arrivées contre toute attente à Miami, dans l’espoir de ramener Elian à Cuba, ou du moins de pouvoir embrasser l’enfant après plus de 60 jours de séparation, les grands-mères sont reparties les mains vides sans avoir jamais quitté l’aéroport. Tandis que la famille Gonzalez de Miami, qui réclame la garde du petit naufragé, faisait route vers l’aéroport, la famille Gonzalez de Cuba s’envolait pour Washington. Les deux branches de la famille Gonzalez ont donc campé sur leur position, en dépit de l’intense drame humain que vit l’enfant, illustrant le face-à-face fratricide opposant depuis 1959 et le triomphe de la révolution cubaine, les cubains de Floride à ceux restés dans l’île. Rares sont les familles cubaines qui n’ont pas de parents aux États-Unis, à commencer par le président Fidel Castro, dont deux sœurs ont émigré en Floride. Le secrétaire général du Conseil national des églises (NCC), Bob Edgar, qui fait office de médiateur et a facilité la venue des deux grands-mères aux États-Unis, a dénoncé pour sa part l’ambiance de «cirque», le «cynisme» et les «conditions de sécurité» entourant la réception qu’avait prévue la famille Gonzalez de Miami. Les autorités cubaines se sont indignées dans Granma, l’organe officiel du comité central du parti communiste cubain, du «chaos», du «spectacle honteux» attendant les grands-mères à Miami : «un banquet, la mafia avec des fleurs, les caméras de télévision et trônant au milieu de ce cirque la louve féroce» (Ileana Ros-Lethienen, représentante républicaine de Floride et virulente critique du régime castriste). En dépit du fiasco de ce voyage à Miami, le journal a indiqué toutefois que Raquel Rodriguez, la grand-mère maternelle d’Elian, et Mariela Quintana, sa grand-mère paternelle, étaient disposées à y retourner pour rencontrer leur petit-fils et «poursuivre leur bataille quelques jours de plus». Le petit Elian, miraculé il y a tout juste deux mois d’un naufrage où a péri sa mère, est tiraillé entre sa famille cubaine proche — son père Juan Miguel Gonzalez et ses quatre grands-parents — et sa famille éloignée de Miami. Le grand-oncle Lazaro Gonzalez, qui réclame la garde de l’enfant, appuyé par le lobby anticastriste de Miami, est le frère du grand-père paternel d’Elian. Deux autres frères Gonzalez vivent également à Miami, Delfin et Manolo. Ce dernier a coupé tous les ponts avec ses frères de Miami car il est en faveur du rapatriement d’Elian à Cuba. C’est vers lui que se sont tournées les grands-mères à la recherche d’un endroit neutre pour la rencontre avec leur petit-fils. Pour éviter «le perfide et répugnant grand-oncle (Lazaro)», les grands-mères ont persuadé Manolo de leur prêter sa maison, mais Lazaro a «refusé et a insulté par téléphone la noble grand-mère, la faisant pleurer à nouveau», a précisé Granma. Malgré les psychodrames familiaux, les membres de la communauté cubaine exilées aux États-Unis envoient d’importantes sommes d’argent à leurs parents restés dans l’île, dépassant selon certains chiffres 800 millions de dollars par an et constituant une des principales ressources en devises de l’île.
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