Le Dr John Fayyad a la «tête de l’emploi», une barbe à la Freud, des lunettes rondes pour mieux regarder l’intérieur de ses patients et une voix calme, agissant comme une thérapie sur les personnes stressées et surtout les enfants et les adolescents venus lui raconter des histoires, pas toujours drôles. Sa voix qui berce, profonde et mélodieuse, se tait lorsqu’il le faut, interrompt en douceur, intervient, explique et rassure. Elle accompagne également des musiques écrites par le psy-musicien, destinées à poursuivre et prolonger une communication privilégiée. John Fayyad a «depuis le début», éprouvé un bonheur dans la musique, le même qu’il ressent à présent dans sa clinique qui abrite les confessions des enfants, cette invitation silencieuse à pénétrer leur univers. «Mes parents prétendent qu’à l’âge de deux ans, je pouvais mémoriser toutes les chansons de Feyrouz, et même identifier chacun des 45 tours que nous possédions, sans même savoir lire !» «J’imagine, souligne le psychiatre naturellement sceptique, que tous les enfants ont un code précis et réussissent ce genre d’exploits !». À l’école, la petite cigale de 6 ans va se mettre à l’œuvre et connaître son premier succès, «J’ai chanté, pour la première fois devant un public une chanson de Feyrouz, lors d’une fête des scouts du Liban, j’y ai gagné le premier prix», prendre des cours de piano et préférer, un peu plus tard, la guitare de son voisin, puis celle des grands joueurs de musique classique et jazz. «J’ai développé mon oreille musicale. Je jouais sans lire les notes, mais en ressentant le tempo, et je composais, musique et textes». En 1974, John découvre Stevie Wonder, l’art de l’improvisation et surtout «la richesse du monde musical». Son propre choix musical se précise. Son choix professionnel aussi. Après de longues études en médecine à l’AUB, où la musique et les concerts organisés entre copains couvraient à leur façon le son des balles stériles, il part aux États-Unis, et plus particulièrement à Ohio State University, se spécialiser en psychiatrie et pédo-psychiatrie. Il n’oublie pas pour autant ses premières passions, qu’il entretient en organisant de nombreux concerts, pour la plupart au profit de causes diverses, et en se produisant dans des clubs de jazz américains. «Petit à petit, j’ai introduit dans mes compositions des mélodies orientales, pour arriver à un vrai mélange de cultures». L’envie d’enregistrer un CD s’impose, se fait de plus en plus insistante. «En 1995, j’ai enfin pu concrétiser ce rêve». John choisit des mélodies écrites durant les cinq dernières années, «une musique orientale mêlée au jazz», enregistre aux États-Unis Maraseel «une musique inspirée par le contenu des textes, et des textes inspirés par un vécu», et le produit lui-même. Il sera distribué au Liban à partir de 1996. Le oud, en duo avec sa voix chaude et plaintive, parle de l’amour, de la solitude, de la tristesse ou du passé, complaintes d’un troubadour qui récite en douceur des bribes de la culture et de la sensibilité orientale. À la question «pourquoi Maraseel ?», il répond, déformation professionnelle, «pourquoi John ? !», avant d’ajouter, plus sérieusement, «C’est un titre éclectique qui exprime la diversité. J’aime l’idée d’envoyer des messages sur l’amour, la paix, la musique et notre propre identité». Délivrer des messages Le Dr John Fayyad aurait pu également chanter le retour aux sources, retour au pays en 1998, mais le temps lui a certainement manqué, ses occupations professionnelles lui prenant une grande partie de son temps. Un temps qu’il répartit entre les recherches, auxquelles il collabore à l’Hôpital grec-orthodoxe, et plus précisément à l’Institute of Development, Research and Applied Care (IDRAC), la clinique Medical Institute for Neuropsychological Disorders (MIND), qu’il partage avec le Professeur Élie Karam, psychiatre, Caroline Cordahi, Murièle Tyan et Aimée Karam, psychologues, et ses nombreux patients. «Cette spécialité encore rare et jeune au Liban, est une véritable gageure. Travailler avec des enfants, dialoguer, les aider, et visualiser le progrès sont des étapes extrêmement enrichissantes et satisfaisantes. C’est très beau de les voir grandir. Comme un message d’espoir». Des Marasseel… John espère également organiser un concert, prévu pour mars 2000, et qui se tiendra à l’Unesco, au profit de IDRAC, «les recherches coûtent très chers, le domaine de l’épidémiologie est très vaste, tout reste à faire». Rindala Baalbaki, sa femme et la mère de cette dernière, Leila – elles-mêmes chanteuses – participeront à cet événement. «Je suis en train de composer les musiques, sur des textes de poètes libanais francophones». Un CD suivra, autre espoir, autres messages. Pour effacer les images, souvent très dures, des enfants maltraités. «Certains cas sont plus stressants que d’autres. Nous nous devons de maintenir une attitude positive». Bien heureusement, la musique est là, pour adoucir les mœurs et la vie de John Fayyad ; sa voix, déjà si rassurante, le confirme. À emporter avec soi et écouter, au besoin !.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Dr John Fayyad a la «tête de l’emploi», une barbe à la Freud, des lunettes rondes pour mieux regarder l’intérieur de ses patients et une voix calme, agissant comme une thérapie sur les personnes stressées et surtout les enfants et les adolescents venus lui raconter des histoires, pas toujours drôles. Sa voix qui berce, profonde et mélodieuse, se tait lorsqu’il le faut, interrompt en douceur, intervient, explique et rassure. Elle accompagne également des musiques écrites par le psy-musicien, destinées à poursuivre et prolonger une communication privilégiée. John Fayyad a «depuis le début», éprouvé un bonheur dans la musique, le même qu’il ressent à présent dans sa clinique qui abrite les confessions des enfants, cette invitation silencieuse à pénétrer leur univers. «Mes parents prétendent qu’à...