Deux Lyonnais, associés à des universitaires japonais et américains, ont «fabriqué» un ver à soie transgénique, une première mondiale qui intéresse l’industrie textile, l’agriculture et la pharmacologie. La revue de référence Nature Biotechnology consacre dans son édition de janvier un article à ce nouvel arrivant parmi les animaux transgéniques. «On cherchait depuis plus de dix ans à modifier génétiquement le ver à soie à l’aide d’un ‘transporteur’, vecteur permettant la transmission d’un nouveau gène dans l’ADN de cet animal» expliquent Gérard Chavancy, directeur de l’unité séricicole de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Lyon, et Pierre Couble, du centre de génétique moléculaire et cellulaire du CNRS associé à l’université Claude-Bernard Lyon I. Outre son intérêt économique, le ver à soie offre plusieurs avantages : «créé» en Chine par sélections, il y a 4 500 ans, sa survie dépend entièrement de l’homme qui l’élève très facilement. Cette particularité écarte a priori pour les chercheurs le risque de dissémination dans la nature de gènes véhiculés par des organismes génétiquement modifiés. Des dizaines de transporteurs avaient été testés sans grand succès jusqu’à ce que des Américains isolent, fin 1998, «Piggy bac», qui transporte le gène en l’intégrant. Algue phosphorescente Cette découverte a permis l’implant d’un gène d’algue phosphorescente dans le génome du bombyx du mûrier (papillon dont la larve est le ver à soie), implant réussi puisque la modification génétique s’est transmise de génération en génération. Le premier ver à soie transgénique a vu le jour à Lyon en mars dernier, mais les chercheurs ont dû ensuite vérifier longuement la stabilité des lignées successives codant la même protéine. Pour le docteur Chavancy, il s’agit désormais de découvrir une seconde génération de transporteurs qui permettra, une fois les nouveaux gènes implantés, de les activer. «Le ver aurait alors de plus grandes qualités et une meilleure résistance aux virus et bactéries, même en climat tropical», a souligné le chercheur. Mais l’intérêt de ces recherches, qui déboucheront sur le dépôt de brevets, va bien plus loin : «C’est la première fois que l’on transforme un lépidoptère, dont la ‘famille’ comprend à la fois le ver à soie, animal utile, mais aussi une bonne partie des insectes ravageurs des cultures», explique M. Chavancy. Enfin, les retombées de cette transgénèse trouveront surtout des applications en biotechnologie : le gène intégré dans le patrimoine du ver pourra s’exprimer dans la glande qui fabrique les protéines de la soie et que le docteur Chavancy appelle «une véritable usine à protéines». À terme se profilerait ainsi la création de nouveaux vaccins, tests médicaux et fibres aux qualités multiples.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Deux Lyonnais, associés à des universitaires japonais et américains, ont «fabriqué» un ver à soie transgénique, une première mondiale qui intéresse l’industrie textile, l’agriculture et la pharmacologie. La revue de référence Nature Biotechnology consacre dans son édition de janvier un article à ce nouvel arrivant parmi les animaux transgéniques. «On cherchait depuis plus de dix ans à modifier génétiquement le ver à soie à l’aide d’un ‘transporteur’, vecteur permettant la transmission d’un nouveau gène dans l’ADN de cet animal» expliquent Gérard Chavancy, directeur de l’unité séricicole de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Lyon, et Pierre Couble, du centre de génétique moléculaire et cellulaire du CNRS associé à l’université Claude-Bernard Lyon I. Outre son...